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Eucharistie

Oui, moi j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis, que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et après avoir remercié, il le brisa et dit :

Ceci est mon corps pour vous

faites cela pour me rappeler à vous

Et de même avec  la coupe, après avoir soupé, en disant :

Cette coupe nouvelle alliance dans mon sang

faites cela chaque fois que vous boirez pour me rappeler à vous.

Oui, dès que vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe,

vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne.

(1ère Epître de Paul aux Corinthiens 11,  23-26)

 

Photo en en-tête : Le lavement des pieds et le dernier repas, Mömpelgarder altar (1540).(Photo Wikimedia commons)  

 

Une nouvelle alliance scellée dans le don

 

Les premières communautés chrétiennes étaient fidèles à la fraction du pain que Jésus avait confiée en mémorial à ses apôtres lors du repas fêtant la Pâque, la veille de sa mort sur la croix. Ces gestes et paroles étaient celles du rituel traditionnel des repas festifs juifs. Le repas pascal faisait anamnèse, par le sacrifice de communion d’un agneau, du passage des Hébreux de l’esclavage en Egypte à la Terre promise dans le cadre de l’alliance entre Yhwh et son peuple. Il est donc tout à fait de circonstance pour Jésus d’inscrire l’institution de ce mémorial dans le cadre de sa propre pâque où sa vie serait sacrifiée ; il propose une alliance nouvelle pour nous faire accéder avec lui au Royaume.

 

Dans le passage précédant celui que nous avons transcrit ci-dessus, Paul se lamente que les corinthiens destinataires de son épître soient réunis pour le pire quand ils célèbrent le mémorial du Seigneur : leurs divisions déjà constatées lors de leurs assemblées se traduisent par l’habitude de prendre auparavant chacun leur repas de leur côté au point d’arriver les uns affamés, les autres ivres. Ils font honte à ceux qui n’ont rien. Jean est le seul évangéliste à ne pas relater l’institution du mémorial. Il est vrai que le discours du Christ sur le pain de vie (Jn 6, 32-69) et le geste du lavement des pieds (Jn 13, 1-20) des disciples par Jésus, juste avant le dernier repas, qu’il relate résument très bien la thématique abordée par Paul et les autres évangélistes : les gestes et paroles de Jésus à travers le partage du pain et du vin, symboles de la vie offerte généreusement par le Père à qui l’on en rend grâces, instituent un mémorial proposant une nouvelle alliance scellée dans le don de lui-même et dans le don que chaque disciple fait de lui-même aux autres. Tel est bien la signification du geste du lavement des pieds avant le dernier repas.

 

L’eucharistie est le sacrement de charité : « Ubi caritas est vera, Deus ibi est » chante-t-on le Jeudi saint (Là où l’amour est véritable, Dieu est présent). La Parole mémorielle ne peut être efficace que dans un contexte de charité : « Si je ne te lave pas, dit Jésus (à Pierre), tu ne pourras rien partager avec moi » (Jn  13, 8). Il faut regretter que le mémorial du lavement des pieds ne soit intégré que le Jeudi saint à la liturgie eucharistique. Il est certes plus difficile à mettre en œuvre, mais certains monastères le pratiquent régulièrement. Pour lui donner tout son sens, il faudrait que le geste ne soit pas seulement celui du prêtre mais celui de membres de l’assemblée entre eux.

Giotto di Bondone (v. 1267-1337), Le Lavement des pieds. (Photo Wikimedia commons)

Giotto di Bondone (v. 1267-1337), Le Lavement des pieds. (Photo Wikimedia commons)

Le serviteur souffrant

 

La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas participation au sang du Christ ? Le pain que nous brisons n’est-il pas participation au corps du Christ ?

Oui le pain est un

nombreux nous faisons un seul corps

oui tous nous prenons part au pain unique.

(1ère Epître de Paul aux Corinthiens 10, 16-17)

 

Action de grâces, nouvelle alliance scellée dans le don du Christ de sa vie, invitation à communier en lui en faisant aussi le don de nous-mêmes dans la charité, le mémorial eucharistique préfigure le Royaume où nous serons tous un en Christ. L’Eglise est la préfiguration du Royaume. Toute messe qui se veut eucharistie, devrait manifester clairement et sacramentellement le don que nous faisons de nous-mêmes. Quand nous voyons ces juxtapositions de « quant à soi » dans certaines églises le dimanche, nous nous mettrions à douter de la validité sacramentelle d’une messe célébrée sans le signe du don. Le sacrement de l’eucharistie est le seul qui produise ses effets collectivement. Les autres sacrements s’appliquent à une seule personne. Le mémorial, sacrement de l’eucharistie, suppose non seulement les paroles mais aussi les gestes « Prenez et mangez ». En droit canonique est valide l’acte qui est « régulièrement posé quant à ses éléments extérieurs ». Des messes célébrées individuellement, encore dans certains monastères traditionnalistes, sans assistance sauf celle du servant obligatoire, sont-elles valides au regard du mémorial confié par le Christ ? Pour en arriver à cette pratique, toute une théologie du sacrifice s’était d’abord développée.

Giotto di Bondone (v. 1267-1337),Crucifixion. (Photo Wikimedia commons)

Giotto di Bondone (v. 1267-1337),Crucifixion. (Photo Wikimedia commons)

Mais Christ, lui, surgissant comme grand prêtre des réalités définitives, grâce à la tente plus grande et plus parfaite qui n’est pas construite de main d’homme et ne relève donc pas de ce monde-ci, a pénétré une fois pour toutes dans le sanctuaire, non pas grâce au sang de boucs ou de veaux, mais grâce à son propre sang qui nous a valu une libération éternelle. Si le sang de boucs, en effet, ou de taureaux, ainsi que la cendre de génisse dont on asperge ceux qui sont souillés les sanctifient en leur rendant une pureté toute extérieure, combien davantage le sang du Christ, qui par un Esprit éternel s’est offert lui-même à Dieu en victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience de toute œuvre de mort pour que nous puissions servir le Dieu vivant ! Voilà pourquoi il est le médiateur d’une alliance nouvelle : puisqu’il est mort pour racheter les transgressions de la première alliance, ceux qui sont appelés peuvent désormais prendre possession de l’héritage éternel déjà promis.

(Epître de Paul aux Hébreux 9, 11- 15)

 

 

L’origine paulinienne de cette épître a été contestée dès les origines, même si Paul aborde ailleurs certaines de ses thématiques. Elle est consacrée à la foi transmise par le Christ grand-prêtre de la nouvelle Alliance qu’il établit dans son sacrifice sur la croix offert à Dieu pour le pardon de nos péchés, en particulier celui qui sera identifié un peu plus tard comme le péché originel.

 

Remettons-nous dans le contexte de l’époque suivant la crucifixion de Jésus. Jusqu’au bout les apôtres ont cru à l’avènement d’un royaume temporel instauré par celui qu’ils reconnaissent comme le Messie. Celui-ci est mort comme le dernier des malfrats. Ils ont certes fait l’expérience du tombeau vide et du Christ vivant avant son retour attendu à la fin des temps. Puis ils ont accueilli l’Esprit par lui promis. Mais ils attendent désespérément cette fin des temps annoncée par Jésus lui-même dans un proche avenir. Son absence se fait cruellement sentir ; déjà les premières dissensions apparaissent. Les juifs doutent plus que jamais de ce prétendu messie disparu dans un châtiment honteux. Alors il faut les convaincre, trouver dans l’Ancien testament tous les passages susceptibles de prouver que les événements qui se sont déroulés étaient annoncés. Que signifie en particulier cette mort en croix débouchant sur le néant ? Puis c’est la destruction du second temple de Jérusalem en 70 par les armées romaines et l’anéantissement de ce culte véritable ciment du peuple saint. C’est le moment propice pour percevoir et proposer une Nouvelle alliance que le Christ a scellée par le propre sacrifice propitiatoire de lui-même à son Père pour effacer les péchés. Cette théologie s’est développée en particulier à partir des chapitres 52 et 53 du prophète Isaïe qui montrent le serviteur souffrant et offrant sa mort en sacrifice d’expiation pour les fautes de tout le peuple.

 

Yhwh s’est plu à l’écraser

à le rendre malade –

si tu offres sa vie en gage

il verra sa descendance

il prolongera ses jours

par lui s’épanouira le plaisir de Yhwh –

la douleur de sa vie lui ouvre les yeux

l’expérience le comble

il rend justice aux foules, mon serviteur

il les justifie

c’est lui qui endosse leurs crimes –

je taillerai sa part dans les multitudes

avec les puissants il aura sa part

oui il a mis à nu

sa vie devant la mort –

on le traite en rebelle

alors qu’il prend sur lui les erreurs de la foule

et intervient pour les rebelles.

(Isaïe 53, 10-12)

 

Ce passage suffit à se rendre compte de la complexité d’interprétation de ces poèmes du Serviteur. Pierre Grelot (« Les poèmes du serviteur ». Lectio divina n° 103, Ed. Cerf) distingue, outre des versions du texte différentes, quatre grands types d’interprétation : Septante, Judaïsme palestinien, Nouveau Testament, Targoum d’Isaïe. Ce serviteur est-il un archétype concernant un individu passé ou futur (pourquoi pas Jésus) ou tout simplement Israël ? Les premiers chrétiens y ont vu l’annonce du Christ souffrant sa passion. Il est vrai que Jésus a souvent mis en valeur l’image du serviteur, y compris lors du Lavement des pieds qui précédait le dernier repas.

 

Le temple est détruit et avec lui l’ancienne Alliance. Le Christ endure le sacrifice de la croix qu’il offre à son père en sacrifice pour racheter les transgressions de la première alliance et nos propres fautes. Le Christ remplace le grand prêtre ; il pénètre dans le sanctuaire et verse sur le propitiatoire non du sang d’animaux sacrifiés mais le sang de sa propre immolation, purifiant notre conscience par un unique sacrifice : « En réalité, c’est maintenant, une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il est apparu pour supprimer le péché par son propre sacrifice » (Hb 9, 26).

Hans Holbein (v. 1497-1543), Dernière cène du Christ (Photo Wikimedia commons)

Hans Holbein (v. 1497-1543), Dernière cène du Christ (Photo Wikimedia commons)

Du sacrifice de communion au sacrifice propitiatoire

 

Les sacrifices de communion, auxquels appartient la Pâque juive, étaient considérés comme des banquets sacrés dont une part (graisse et sang) constituait les mets réservés à Yhwh tandis que la chair servait de nourriture aux convives. Chaque convive communiait ainsi aux autres et à Yhwh. Lors du dernier repas, les convives, en partageant le pain et le vin et en les consommant, communient entre eux et à Jésus puisque Jésus fait du pain et du vin l’image de son corps et de son sang, c’est-à-dire de sa vie donnée (de même que Dieu a créé l’homme à son image à partir de terre). On peut dire que Jésus a « sacrifié sa vie » parce qu’il a mené, en toute connaissance de cause, une existence et défendu des idées dérangeantes surtout pour les autorités du Temple. Du sacrifice de communion initial, nous venons de voir que l’on aboutit à une théologie du sacrifice propitiatoire de sa vie. Des développements ultérieurs voudront même imposer l’idée qu’il a offert sa vie à son Père qui le lui demandait en rançon des fautes humaines passées et même futures.

 

Ce serait bien là le premier sacrifice humain accepté par Dieu dans la bible ! Abraham comprit à temps que Dieu ne souhaitait pas l’immolation de son fils Isaac comme cela se pratiquait dans d’autres religions. Et peut-on imaginer telle intention chez ce Père si tendre et compatissant, infiniment bon et pardonnant que Jésus nous a décrit ?  Il y a encore quelques dizaines d’années, on nous faisait croire que chacun de nos péchés était comme un coup de marteau pour enfoncer un clou sur les membres de Jésus. Serions-nous aussi pervers que ce dieu qui nous a été imposé pendant des siècles pour nous faire peur et crouler sous notre culpabilité ? Assurément, notre raison et notre foi telle que nous la vivons actuellement condamnent de pareilles inventions en contradiction totale avec le message évangélique. Surtout que Dieu ne désire pas le sacrifice mais plutôt l’accomplissement personnel de son désir inscrit dans la tora :

 

 

« Tu n’as envie ni d’offrandes

ni de sacrifices

Tu m’ouvres les oreilles

Pas de sacrifices pas de feux ni de fumées

tu n’en veux pas

 

Alors j’ai dit

c’est moi je viens

Dans le livre-rouleau je suis écrit

 

Mon Dieu

je désire accomplir ton désir

Ta tora est au centre de mon ventre

(Psaume 40, 7-9)

 

Dans ce psaume dont le texte et l’interprétation sont réputés difficiles à mettre en œuvre, certains ont vu avec le verset « c’est moi, je viens » l’annonce du Christ venant accomplir le désir de Dieu, c’est-à-dire s’offrir en sacrifice pour remplacer les sacrifices anciens. La suite du psaume ne justifie absolument pas cette exégèse puisqu’il s’agit sans ambiguïté de la volonté de la part de Yhwh que la pratique du croyant soit l’expression d’une foi ardente dans sa loi (« Ta tora est au centre de mon ventre »), témoignage de la fidélité de son amour, de la vérité et de la justice, qui doit être intériorisé puis exprimé.

 

Deux siècles après Isaïe, un autre prophète, Ezéchiel, misait, comme le psalmiste, sur le renouvellement intérieur et rompait avec la solidarité dans le châtiment, affirmant le principe de la rétribution individuelle. Dieu ne veut la mort de personne : « revenez et vivez ».

 

Eh bien donc, je vais vous juger chacun selon vos manières, maison d’Israël, déclare le Seigneur Yhwh. Revenez, renoncez à toutes vos révoltes, qu’il n’y ait plus pour vous d’occasion de fauter. Rejetez toutes ces révoltes, faites-vous un cœur neuf et un esprit nouveau : pourquoi mourir, maison d’Israël ? Je ne veux la mort de personne, déclare le Seigneur Yhwh. Revenez et vivez ! 

(Ezéchiel  18, 30-32)

 

Alors pourquoi la notion simple du sacrifice de communion de la fête de la Pâque, servant de cadre à l’institution de l’eucharistie, mémorial du don de sa vie par Jésus, auquel notre propre don de nous-mêmes doit donner toute sa plénitude à chaque fraction-partage du pain-corps et du vin-sang, a-t-elle été peu à peu éliminée au bénéfice d’un sacrifice expiatoire véritablement renouvelé à chaque messe en rançon de nos fautes par le prêtre, autre Christ ? Ces sacrifices à répétition (une fois pour toutes devait suffire !) expliquent le développement de ces messes individuelles mentionnées plus haut et la pratique toujours en vigueur d’offrir le Saint Sacrifice de la messe à telle ou telle intention, pour des vivants ou des morts, moyennant, - certes facultativement, et pour des bonnes raisons évidentes - une offrande financière. Peut-on alors se placer dans le cadre de la Nouvelle Alliance pour des pratiques se rattachant à l’Ancienne Alliance ? Ainsi, l’expression « Saint Sacrifice de la messe » perdure jusque dans les textes conciliaires et occupe une place prépondérante dans le Catéchisme de l’Eglise catholique promulgué en 1992.

Lucas Cranach le Vieux (1472-1553), Le dernier repas.(Photo Wikimedia commons)

Lucas Cranach le Vieux (1472-1553), Le dernier repas.(Photo Wikimedia commons)

Sacrifices et Saint-Sacrifice offert par le prêtre

 

La notion de sacrifice prit de façon générale une ampleur considérable. On doit « faire des sacrifices » pour plaire à Dieu. Cette notion est rattachée, comme dans le sacrifice de Jésus, à celle des péchés à expier. On doit être prêt à sacrifier sa vie à l’exemple du Christ. Parmi les premiers chrétiens, nombreux sont ceux qui recherchèrent le martyr… Est-on sur le point de voir une évolution ? Malgré la persistance de cette notion de sacrifice dans les textes officiels, elle s’est considérablement atténuée voire effacée à la base du corps ecclésial, au moins en ce qui concerne l’eucharistie, au profit de la notion de repas, pas plus appropriée d’ailleurs. Pour les autres emplois du mot sacrifice, on préfère parler de don de soi, de sa vie, ou de conversion dans le cadre d’une théologie un peu moins vétérotestamentaire. Dans la renonciation du pape Benoît XVI à son ministère de pape pour raisons de santé, au sein même du don complet de sa vie au Christ et à l’Eglise, faut-il voir une évolution semblable après le chemin de croix de sa fin de vie, médiatisé, du pape Jean-Paul II dont on apprit après sa mort, de la part d’un de ses familiers, qu’il pratiquait sur lui la discipline ? Pour revenir à la notion de sacrifice réel du Christ sur l’autel, elle suppose évidemment sa présence réelle en tant que victime.

 

Sur le plan liturgique, le mémorial devenait assez vite distinct d’un repas et s’agrégeait des rites synagogaux (lecture de la Parole avec son interprétation, prière des psaumes) pour former la structure de ce qui deviendrait notre messe. En même temps que le rite s’enrichissait, il devenait de plus en plus l’affaire, dans les siècles suivants, uniquement des prêtres, ministres ordonnés du Saint Sacrifice, dissimulé dans des chœurs clôturés appelés chancels ; les orthodoxes ont gardé l’iconostase, cloison recouverte d’icônes qui dissimule à la vue des fidèles le chœur réservé aux prêtres. Les règles pour accéder à la communion furent multipliées. Tandis que les théologiens s’affrontaient pour définir la présence réelle du Christ dans les hosties, la « fraction du pain » des premiers chrétiens se transformait en une dévotion : la communion qui n’était plus accessible concrètement se transformait en « communion spirituelle », adoration du Christ présent dans l’hostie lors de l’élévation introduite au 13° siècle dans la messe, puis en procession et en exposition avec l’institution de la « Fête-Dieu » consacrée par le Concile de Trente puis de l’adoration perpétuelle (création de Clément VIII à Rome en 1592). Le terme de transsubstantiation pour définir la présence réelle du Christ dans l’hostie reçut sa définition définitive au Concile de Trente (1552). Cette définition est belle comme un théorème ; les principes philosophiques qui la sous-tendent sont directement issus de la philosophie grecque plus de quinze siècles en arrière.

Messe de la Fête-Dieu à l'abbaye bénédictine de Solesmes

Messe de la Fête-Dieu à l'abbaye bénédictine de Solesmes

Du mémorial à la dévotion puis au meeting

 

Le mémorial de la charité active, à portée eschatologique, devenait une dévotion individuelle de componction envers une divinité lointaine et intouchable, présente mystérieusement dans l’hostie consacrée et qui s’offre en sacrifice pour les péchés du monde. Le culte de la présence réelle allait donner lieu à des débordements : utilisation des hosties consacrées comme porte-bonheur, évocation de miracles eucharistiques avec par exemple des hosties qui saignent … Encore au moment du concile Vatican II, dans les réunions de Croisade eucharistique des jeunes, étaient évoqués de tels miracles survenant souvent à la suite de profanations. Le croisé s’engageait aussi, entre autres pratiques, à faire un sacrifice tous les jours … Quant à la coutume du pain béni, consistant à faire offrir par une famille ou des groupements, des morceaux de pain ou de brioche, bénis par le prêtre (mais non consacrés) et distribués à la fin de la messe, ils compensaient d’une certaine façon l’accès peu fréquent à la communion eucharistique, rappelant la fraction fraternelle du pain.

Bénédiction du pain béni présenté par une communiante

Bénédiction du pain béni présenté par une communiante

Pourtant au début du 20ème siècle, le pape Pie X, au sein d’un vaste mouvement liturgique, encouragea la communion fréquente et la première communion des enfants dès l’âge de raison en même temps qu’il mettait en œuvre une première réforme liturgique. Cette évolution mit beaucoup de temps à entrer dans la pratique. Pendant la messe, il était encore fréquent avant le concile Vatican II de voir des personnes réciter le chapelet ou lire des prières dans leur missel.

Le concile Vatican II, dans une réforme liturgique pas toujours bien comprise et interprétée, allait impulser un renouveau vivifiant des rites débordant le cadre sacrificiel propitiatoire pourtant toujours mis en relief. Le banquet eucharistique qui appelle la participation de tous était mis en valeur. Le moins que l’on puisse dire est que cette réforme liturgique tant attendue n’eut pas le temps d’être comprise en profondeur, donnant lieu à des interprétations et des applications souvent fantaisistes sur lesquelles Benoît XVI émit des critiques sévères et argumentées. Pour faire court, on passait du sacrifice sanglant au repas de copains ou au meeting idéologique, en passant par les parlottes agrémentées de chansons. Le grand prêtre sacrificateur d’agneaux devenait le pasteur d’un troupeau, appelé peuple de Dieu, contraint - une fois de plus ! - de suivre, ou plutôt subir sans trop comprendre, les directives de « bureaux d’études » en bêlant des cantiques à la mode. Et gare aux chiens de garde qui mordaient ! … Ceci dit, rageusement, nous serons plus sereins dans le chapitre « Liturgie » !

L’heure arrive, elle est là, où ses adorateurs adoreront le Père par le Souffle de vérité, voilà les adorateurs que cherche le Père. Dieu est Souffle, et ceux qui adorent doivent adorer par le Souffle de vérité.

(Jean 4, 23-24)

 

Le messager me dit : « Ecris : Heureux ceux qui sont appelés au repas de noce de l’Agneau. » Et il ajouta : « voilà les paroles véridiques de Dieu. » Je tombai à ses pieds pour me prosterner devant lui. Mais il me dit : « Non ! Vois : Je suis un serviteur comme toi et tes frères qui avez le témoignage de Jésus. Tu te prosterneras devant Dieu. Oui, le témoignage de Jésus est le souffle de la prophétie. »

(Apocalypse 19, 9-10)

 

(Toutes les traductions sont celles de la Bible Bayard)

Eucharistie

Le lavement des pieds, fresque du 12ème siècle dans l’église de Chalivoy-Milon (Cher)

Le réceptacle pour récupérer l’eau a la forme d’une cuve baptismale rappelant le baptême qui lave des péchés, cuve baptismale ressemblant elle-même à un calice pour rappeler que c’est dans la mort du Christ que nous avons été baptisés (Epitre de Paul aux Romains 6 3)

Eucharistie

La Cène, Valentin de Boulogne, vers 1625-1626

 

Jean, le disciple préféré, est penché contre la poitrine de Jésus.

Comme précisé dans l’évangile de Jean, Pierre immédiatement à la droite de Jésus d’adresse à Jean pour lui demander qui parmi les apôtres doit le trahir.

Les apôtres ont l’air particulièrement tristes et inquiets.

Au centre de la table, l’agneau rôti de la Pâque juive qui vient d’être consommé.

Au premier plan, à gauche, Juda dissimule dans son dos la bourse qui contient la rétribution de sa trahison.

Antienne grégorienne pour le Jeudi Saint

Ubi caritas et amor Deus ibi est

 

Là où l’amour est véritable, Dieu est présent.

L’amour du Christ nous a rassemblés dans l’unité. Soyons dans l’allégresse et réjouissons-nous en lui. Soyons pleins de crainte et d’amour pour le Dieu vivant. Et aimons-nous mutuellement d’un cœur sincère.

Tous ensemble, quand nous sommes rassemblés dans l’unité, gardons-nous de la discorde. Trêve aux mauvaises querelles, trêve aux disputes. Et qu’au milieu de nous soit le Christ Dieu.

Puissions-nous également, tous ensemble voir avec les bienheureux ton visage dans la gloire, ô Christ Dieu : joie immense et vraie pour les siècles sans fin.

 

https://www.youtube.com/watch?v=8Ep3o7g0Yrw

Le Pape François lave les pieds de réfugiés le Jeudi Saint 2016

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