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1. Quand le sabbat eut pris fin, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour la toilette mortuaire.

2. De très bonne heure, le premier jour de la semaine, elles allèrent au tombeau. Le soleil venait de se lever.

3. Elles se demandaient : « Qui va rouler pour nous la pierre de devant le tombeau ? »

4. En approchant, elles virent qu’elle avait été roulée. C’était une pierre énorme.

5. Elles entrèrent dans le tombeau et virent, assis à droite, un jeune homme enveloppé d’une robe blanche. Elles furent épouvantées.

6. Il leur dit : - Ne soyez pas épouvantées. Vous cherchez Jésus, le Nazarénien, le crucifié ? Il s’est relevé. Ils l’avaient déposé ici, mais il n’y est plus.

7. Allez ! Dites à ses disciples et à Pierre : « il vous précède en Galilée. Là-bas, vous le verrez, comme il vous l’avait dit. »

8. Elles s’enfuirent du tombeau, stupéfaites et tremblantes. Elles ne dirent rien à personne. Elles avaient peur.

Evangile de Marc 16, 1-8 (Trad. Bible Bayard)

En vignette : La résurrection du Christ, les Saintes Femmes au tombeau, icône russe du 20ème siècle.

La fin de l’évangile de Marc

Pour les meilleurs manuscrits nous atteignons avec le verset 8 la fin de l’évangile de Marc. Les versets suivants (9-20) ont été canoniquement retenus mais pour la grande majorité des exégètes ils ont été ajoutés au cours de la première moitié du IIème siècle. Leur style, leur vocabulaire, différents de ceux de Marc, la façon dont ils se rattachent à ce qui précède, sont favorables à cette thèse (Cf. bibliographie, livre de Focant, p. 609). Ont-ils à ce moment remplacé une finale plus élaborée de Marc mais jugée non recevable par rapport aux autres évangiles ou ont-ils complété une fin considérée trop abrupte et pessimiste par un résumé de ce qui est lu chez d’autres évangélistes ?

Un jeune homme vêtu de blanc

Vierge de Pitié ou Pieta (15ème siècle), Abbatiale de Moissac (Tarn et Garonne) C’est une extrapolation des évangiles où Marie est représentée recueillant le corps de son fils à sa descente de croix, elle est ici entourée d’autres femmes.

Un jeune homme vêtu de blanc

Mise au tombeau de Jésus (15ème siècle), abbatiale de Moissac (Tarn et Garonne) Nicodème et Joseph d’Arimathie sont entourés des femmes dont une porte un vase de parfum.

Les circonstances

L’épisode précédent relate que, la veille du sabbat Joseph d’Arimathie demanda à Pilate le corps de Jésus ; il l’enveloppa d’un drap et l’enferma dans un tombeau taillé dans la roche, sous les yeux des deux Marie. Le surlendemain elles se présentent au tombeau pour pratiquer un embaumement (dans l’évangile de Jean celui-ci est pratiqué par des disciples au moment de l’ensevelissement). C’est le premier jour de la semaine, lendemain du sabbat, c'est-à-dire le dimanche matin ; les disciples sont encore cachés, terrassés par la peur. Elles s’inquiètent de la difficulté de rouler la pierre qui ferme le tombeau.

Chapiteau du 12ème siècle, abbaye de Mozac (Puy de Dôme)

Chapiteau du 12ème siècle, abbaye de Mozac (Puy de Dôme)

La foi des femmes

Nous admirons le courage de ces femmes (les deux Marie dans Marc et Matthieu, plusieurs femmes dans Luc) qui, après le déchaînement d’une telle barbarie, à la première heure du jour tentent cette aventure pleine de risques de se présenter au tombeau. Le courage est certainement une manifestation caractéristique de la foi chez ces femmes qui ont suivi Jésus, ont entendu les mêmes paroles, vu les mêmes gestes de Jésus, que ces hommes restés cachés. Plus que leur intellect, une identification avec un meneur ou avec des idées, c’est leur cœur, un amour sincère et entier, qui les rattachent encore au crucifié, leur faisant penser que tout n’est pas fini dans leur relation avec Jésus ; elles veulent manifester leur compassion avec tendresse pour ce corps où s’est montré concrètement ce qu’il y a pour elles de plus divin en notre humanité : la miséricorde. Le crucifié n’est pas mort : comme à Béthanie, chez Simon, elles continuent de répandre le parfum sur lui (Marc 14, 3-9).

Un jeune homme vêtu de blanc

Les femmes au tombeau en dialogue avec l’ange (15ème siècle) qui montre le tombeau vide, les soldats qui gardaient le tombeau devinrent « comme morts » à la vue de l’ange (Mt 28, 4). Musée des Augustins (Toulouse).

Un jeune homme enveloppé d’une robe blanche

Qui peut-être ce mystérieux jeune homme ? Un ange (ou même deux) écrivent les autres évangélistes. Ou Jésus lui-même transfiguré, vêtu comme sur la montagne d’un vêtement blanc resplendissant, comme ici à la lumière du soleil levant, signe d’un commencement, qui succède à la noirceur de la barbarie.

Cet épisode de la Transfiguration (Marc 9, 2-10) avait d’ailleurs été l’occasion pour Jésus d’annoncer sa passion et sa résurrection, leur recommandant de ne pas raconter avant celle-ci leur vision.

Nous y sommes, Jésus lui-même est là, assis à droite (v. 4). Marc n’est généralement pas prolixe en détails secondaires, ici cette précision a donc un sens.

De nouveau le grand prêtre l’interrogeait,

Il lui dit :

« Toi, tu es le messie, le fils du béni ? »

Jésus dit : « Je suis.

Et vous verrez le fils de l’homme

assis à droite de la Puissance,

venir avec les nuées du ciel ! »

Le grand prêtre lacère ses tuniques …

Marc 14, 61-63 (Trad. Sœur Jeanne d’Arc)

En vignette : Ecce Homo ou Homme des douleurs (15ème siècle), Eglise ND de la Dalbade (Toulouse).

Comme le grand prêtre lacère ses tuniques après avoir entendu ce qu’il juge un blasphème, le voile du sanctuaire se fend en deux. Décidément le « Temple », ses affidés, et Jésus ne s’accordent pas !

Jésus laisse échapper un grand cri :

il expire.

Et le voile du sanctuaire

se fend en deux, de haut en bas.

Marc 15, 37-38

En vignette : Christ roman du 12ème siècle. Abbatiale de Moissac (Tarn et Garonne).

Il n’y a plus de « Saint des Saints » interdit à ceux qui n’appartiennent pas à la caste sacerdotale. Autrement dit ce qui fait la raison d’être du Temple n’existe plus, donc le Temple n’existe plus (il sera entièrement détruit quelques dizaines d’années plus tard). Ce qui annonce la Parousie, la venue du Fils de l’Homme dans la gloire :

Alors ils verront le fils de l’homme

venir dans les nuées

avec beaucoup de puissance et de gloire

Marc 13, 26

Après toutes les tribulations de la fin du monde - d’un monde - évoquées par Jésus assis justement devant le temple, et écrites par Marc dans un style apocalyptique (Marc 13, 3-32), il peut être enfin reconnu comme fils de Dieu par la multitude, y compris les païens :

Le centurion qui se tient en face de lui,

voyant qu’il a ainsi expiré, dit :

« Pour de vrai, cet homme était fils de Dieu ! »

Marc 15, 39

Un tombeau et un temple vides

Jésus rayonnant de la gloire du baptême de sa mort, nous attend à droite, à la droite du Père des cieux qu’il a rejoint. Ce tombeau est vide de celui qu’on y recherche, comme est vide le temple de Celui qu’on prétendait y cacher aux yeux du commun.

Certains se levaient,

témoignaient à faux contre lui en disant :

« Nous l’avons entendu ! Il disait :

‘' Moi je détruirai ce sanctuaire

fait par des mains,

et après trois jours,

j’en bâtirai un autre non fait par des mains. »

Marc 14, 57-58 (trad. Sœur Jeanne d’Arc)

Ce temple Jésus avait prédit qu’il pouvait le détruire et le reconstruire en trois jours mais il parlait d’un sanctuaire autre, celui de son corps ressuscité.

Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

Evangile de Jean 2, 21

Corps auquel nous appartenons :

Vous êtes le corps du Christ, et membre chacun pour sa part.

Paul aux Corinthiens 1 12, 27

En esprit et en vérité

C’est encore à une femme, coupable d’adultère, samaritaine assoiffée d’une eau d’où jaillit la vie éternelle, que Jésus s’adresse pour expliquer la fine fleur de son enseignement (les samaritains n’adoraient pas Dieu à Jérusalem mais sur le mont Garizim):

« Femme, crois-moi, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père … L’heure arrive, elle est là, où ses adorateurs adoreront le Père par le souffle de vérité, voilà les adorateurs que cherche le Père. Dieu est Souffle, et ceux qui adorent doivent adorer par le Souffle de vérité. »

Evangile de Jean 4, 21 ; 4, 23-24 (Trad. Bible Bayard)

« Le vent souffle où il veut, tu entends sa voix sans savoir d’où il vient ni où il va. Ainsi va tout homme né du Souffle. »

Evangile de Jean 3, 8

Le crucifié en habit de lumière est « glorifié à droite » ; il s’est relevé de la mort, il n’est plus dans le tombeau, ni dans un temple « fait par des mains », il est Parole vivante de l’Esprit. Nous sommes invités comme les disciples à le retrouver sur les chemins de Galilée, dans les « périphéries », à écouter à travers ses paroles la Parole, à adorer le Père par le Souffle de Vérité

… ni sur une montagne, ni dans un temple

Jésus n’est pas dans les temples que nous bâtissons, œuvres des mains, des mots ou des images. Trop souvent nos églises, nos mots, nos images, nos constructions dogmatiques ressemblent à des tombeaux ; nous y enfermons et embaumons dans des bandelettes des paroles et des comportements de chair qui, coupés du Souffle vital, meurent, dégageant une odeur pestilentielle de décomposition écartant tout pécheur assoiffé de l’eau de la vie éternelle. Celui-ci pourrait-il trouver « un jeune homme enveloppé d’une robe blanche », vous, moi, baptisé dans le Christ, resplendissant de la lumière de sa résurrection, pour l’inviter sur un chemin de Vie ?

Car tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus.

Epitre de Paul aux Galates 3, 26-28 (Trad. de la Bible liturgique)

Face à ce jeune homme en blanc qui nous parle et que nous pourrions être, nous sommes, comme les femmes, le plus souvent effrayés et sans voix. Puissions-nous du moins apporter quelque parfum au Crucifié présent derrière chaque frère et sœur qui souffre !

Face aux épopées post-résurrectionnelles de ses confrères évangélistes qui s’efforcent d’apporter des signes tangibles de la résurrection de Jésus pour provoquer la foi, Marc est d’une discrétion ascétique. Il conclut l’écriture de sa version de la Bonne Nouvelle sur l’image d’un tombeau vide. Un jeune homme en blanc, Jésus, vous, moi, nous renvoie sur les « chemins de Galilée » pour mettre nos pas dans ceux de Jésus, à l’écoute de ses paroles pour nous aider à discerner la Parole, celle du Souffle de Vérité.

Nous cheminerons avec lui comme vers Emmaüs :

Ils arrivent près du village où ils se rendent ; lui feint d’aller plus loin. Ils insistent : reste avec nous, c’est le soir, le jour tombe déjà. Il entre pour rester avec eux. Il arrive alors ceci : attablé en leur compagnie, il prend du pain, il prononce des paroles de bénédiction. Il partage le pain et leur donne. Leurs yeux s’ouvrent : ils le reconnaissent mais il leur devient invisible. Ils se parlent l’un à l’autre et disent : Notre cœur n’a-t-il pas brûlé lorsqu’il nous parlait sur la route et qu’il nous dévoilait les Ecritures ?

Luc 24, 28-32 (Trad. Bible Bayard)

Pèlerins d’Emmaüs, Rembrandt (1648)  — www.artdaily.org : Home. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons –

Pèlerins d’Emmaüs, Rembrandt (1648) — www.artdaily.org : Home. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons –

Jésus ressuscité présent dans le partage …

Un cœur brûlant comme celui des femmes au soleil de Pâques !

Le Fils de l’Homme venant demain dans les nuées mais dès aujourd’hui nous sommes appelés à annoncer la bonne nouvelle de notre propre résurrection dans la sienne.

« Du figuier apprenez la parabole :

dès que sa branche devient tendre

et que poussent les feuilles,

vous connaissez que l’été est proche.

De même, vous aussi : quand vous verrez cela arriver,

connaissez que c’est proche, aux portes ».

Marc 13, 28-29 (trad. Sœur Jeanne d’Arc)

En vignette : Figuier dans le Jardin des Paraboles (en arrière, pousse du grand épeautre, ancêtre du blé)

A écouter : Cantate de J.-S. Bach « Christ lag in Todes Banden » (Christ qui gisait dans les liens de la mort) BWV 4

https://www.youtube.com/watch?v=3ffg4mU7FNE

Texte et traduction de la cantate :

Non loin du Jardin des Paraboles, planche d’Iris
Non loin du Jardin des Paraboles, planche d’Iris

Non loin du Jardin des Paraboles, planche d’Iris

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