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Bientôt la moisson ...

Il disait : « Ainsi est le royaume de Dieu : comme un homme qui jette la semence sur la terre. Qu’il dorme et se réveille, nuit et jour, la semence germe, se développe : comment, il ne sait pas … D’elle-même, la terre porte du fruit : d’abord herbe, puis épi, puis plein de blé dans l’épi. Quand le fruit se livre, aussitôt il envoie la faucille, parce que la moisson est là ! »

Evangile de Marc 4, 26-28 (Traduction Sœur Jeanne d’Arc = TSJA)

Il disait : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé.

Evangile de Marc 4, 26-28 (Traduction liturgique de la Bible)

Etant donné la brièveté du passage étudié, je soumets deux traductions. Celle de la Bible liturgique est destinée à la lecture pendant les offices, celle de Sœur Jeanne d’Arc suit le texte grec au plus près. Nous verrons que certaines nuances permettent de mieux mettre en valeur la signification.

C’est la première des deux paraboles de l’évangile de Marc lues ce dimanche 14 juin, 11ème du temps ordinaire. La seconde concerne la graine de moutarde qui grandit et dépasse toutes les plantes potagères au point de pouvoir abriter les oiseaux du ciel (Marc 4, 29-34). Au moment de la parution de l’encyclique « Laudato si » du pape François consacrée à la conception chrétienne et à la préservation de la nature, nous constatons une fois de plus combien Jésus est proche de la nature et y puise des exemples pour faire comprendre son message.

Royaume de Dieu et écologie

Photo : en marge d'un parterre de fleurs cultivées, fleurs des champs poussant spontanément (Pieds d'alouette)

Ici Jésus veut faire entrevoir à ses auditeurs la nature du Royaume qu’il annonce, cœur de sa prédication. Contrairement à la parabole du Semeur (Marc 4, 3-9), il n’est pas fait allusion à la qualité du terrain qui reçoit la semence. La terre est donc supposée ici optimale pour espérer une récolte. L’insistance est mise sur la force vitale de la terre qui produit le fruit espéré d’ « elle-même » (« automatè ») … « Quand le fruit se livre » (« paradoi », TSJA). Il n’est rien dit des difficultés éventuelles du semeur ; son rôle est même presque passif : « qu’il dorme ou qu’il se lève » (pour quoi faire ?), « comment, il ne le sait pas ». Par le semis qu’il entreprend il permet au processus créatif de se poursuivre et de produire le fruit attendu. Le texte grec dit mot à mot « il envoie (lance, « apostellei ») la faucille ce qui traduit une certaine allégresse que souligne aussi l’emploi de aussitôt (« euthus », TSJA).

Qui sème dans les larmes

moissonne dans la joie :

il s’en va, il s’en va en pleurant,

il jette la semence ;

il s’en vient, il s’en vient dans la joie,

il rapporte les gerbes.

Psaume 125, 5-6

Royaume de Dieu et écologie

Photo : Dans le Jardin des Paraboles, le grand épeautre (variété de blé) est actuellement en herbe.

Jésus prend bien soin de décrire le cycle végétatif : « d’abord herbe, puis épi, puis plein de blé dans l’épi ». Celui-ci a été inscrit dans la nature même par le Créateur et l’homme n’y intervient que pour l’enclencher. Celui-ci participe à la Création mais il n’a pas la main sur son processus interne qui ne dépend que de Dieu :

De tes demeures tu abreuves les montagnes,

et la terre se rassasie du fruit de tes œuvres ;

tu fais pousser les prairies pour les troupeaux,

et les champs pour l’homme qui travaille.

De la terre il tire son pain :

le vin qui réjouit le cœur de l’homme,

l’huile qui adoucit son visage,

et le pain qui fortifie le cœur de l’homme

Psaume 103, 13-15 (Trad. liturgique de la Bible)

Dieu appelle l’homme à la joie, à la contemplation, au-delà des tracas de la culture :

En vain tu devances le jour,

tu retardes le moment de ton repos,

tu manges un pain de douleur :

Dieu comble son bien-aimé quand il dort.

Psaume 126, 2 (Trad. liturgique de la Bible)

La récolte des framboises s'avère prometteuse ...

La récolte des framboises s'avère prometteuse ...

Il y a pourtant une condition pour que la terre produise son fruit : l’homme doit marcher selon les voies du Seigneur, respecter le processus interne de la Création, son équilibre, son cycle ; toute prise de pouvoir intempestive de sa part ne peut mener qu’à l’échec. Il nous faut donc apprendre à connaître les lois de la Création, les appréhender avec une certaine crainte car nous abordons un domaine sacré, celui de la volonté même du Créateur que nous n’aurons jamais fini d’approfondir. C’est à cette condition que la terre continuera de livrer son fruit pour le bonheur de l’homme :

Heureux qui craint le Seigneur

et marche selon ses voies !

Tu te nourriras du travail de tes mains :

Heureux es-tu ! À toi, le bonheur !

Psaume 127, 1-2 (Trad. liturgique de la Bible)

Royaume de Dieu et écologie

Photo : jouxtant la propriété, un champ de maïs d'une variété nécessitant d'être copieusement arrosée cet été avec cette grande rampe mobile d’arrosage alimentée, comme bien d’autres, par la rivière voisine … Marche-t-on selon les voies du Seigneur ?

Les exégètes pensent que Marc destinait plus spécialement cette parabole aux premiers chrétiens qui, vivant l’espérance eschatologique, s’inquiétaient de l’instauration peu rapide du Royaume attendu :

Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voyez : nous proclamons heureux ceux qui tiennent bon. Vous avez entendu dire comment Job a tenu bon, et vous avez vu ce qu’à la fin le Seigneur a fait pour lui, car le Seigneur est tendre et miséricordieux.

Epitre de Jacques 5, 7-11 (Trad. liturgique de la Bible)

Du paysan, le disciple doit apprendre la patience. L’impatience est source de conflit et il faut discerner le processus de maturation à l’œuvre dans la germination des graines de Royaume que chacun est appelé à semer. Dans cette parabole, le renouvellement de la Création, le lent processus de germination et d’évolution auquel nous sommes invités à participer se confond pour Jésus avec la lente élaboration du Royaume dont nous devons nous attacher à percevoir la « récolte précoce » en attendant avec patience la « récolte tardive » à la fin des temps. Nous sommes invités par Jésus, une fois de plus, à lâcher prise : le Royaume de Dieu, qui ne fait qu’un avec la Création, porte en lui-même un principe de développement, une force cachée, une « viriditas (viridité) » disait Hildegarde de Bingen, qui l’amène à son achèvement complet.

Royaume de Dieu et écologie

Photo : Vigne de raisin de table. La vigne est le type même de végétal à forte « viridité ». Réduite par la taille à deux ou trois bâtons, elle se développe rapidement au printemps.

Trop souvent dans le passé, les chrétiens ont voulu hâter la venue du Royaume et se sont liés avec les royaumes temporels, instaurant une dictature sur les corps et les esprits qui contredit complètement le message évangélique. Encore maintenant des catholiques nostalgiques d’un « ordre chrétien » veulent imposer leur loi morale ou sexuelle à la société civile. Ils doivent avoir bien sûr le droit de faire valoir leur opinion mais ils n’ont pas à demander, en tant que chrétiens (certes en tant que citoyens !), l’abandon d’un projet de loi ou son abrogation (« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », Marc 12, 17).

Lancez la faucille :

la moisson est mûre ;

venez fouler la vendange :

le pressoir est rempli et les cuves débordent

de tout le mal qu’ils ont fait !

Voici des multitudes et encore des multitudes

dans la vallée du Jugement ;

il est tout proche, le jour du Seigneur

dans la vallée du Jugement.

Joël 4, 13-14 (Trad. liturgique de la Bible)

Oui, « le pressoir est rempli et les cuves débordent de tout le mal » que des chrétiens ont fait - guerres, persécutions, inquisition … - pour hâter la venue du Royaume !

Par une démarche écologique respectueuse des structures et des cycles de la Création, nous sommes appelés à avoir part à la lente maturation du Royaume. Cette « viridité » de la Création est mystère à contempler, « porte du ciel ».

Jacob sortit de son sommeil et déclara : « En vérité, le Seigneur est en ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas. » Il fut saisi de crainte et il dit : « Que ce lieu est redoutable ! C’est vraiment la maison de Dieu, la porte du ciel ! »

Genèse 28, 16-17 (Trad. liturgique de la Bible)

Il nous faut réapprendre les gestes paysans et abandonner toute velléité totalitaire sur la Création, Royaume du Créateur et Maître du temps, au risque de faire couler le sang.

Alors j’ai vu : et voici une nuée blanche, et sur cette nuée, quelqu’un siégeait, qui semblait un Fils d’homme. Il avait sur la tête une couronne d’or et, à la main, une faucille aiguisée. Un autre ange sortit du Sanctuaire. Il cria d’une voix forte à celui qui siégeait sur la nuée :

« Lance ta faucille et moissonne :

elle est venue, l’heure de la moisson,

car la moisson de la terre se dessèche. »

Alors, celui qui siégeait sur la nuée jeta la faucille sur la terre, et la terre fut moissonnée. Puis un autre ange sortit du Sanctuaire qui est dans le ciel ; il avait, lui aussi, une faucille aiguisée. Un autre ange encore sortit, venant de l’autel ; il avait pouvoir sur le feu. Il interpella d’une voix forte celui qui avait la faucille aiguisée : « Lance ta faucille aiguisée, et vendange les grappes de la vigne sur la terre, car les raisins sont mûrs. » L’ange, alors, jeta la faucille sur la terre, il vendangea la vigne de la terre et jeta la vendange dans la cuve immense de la fureur de Dieu. On se mit à fouler hors de la ville, et de la cuve sortit du sang, jusqu’à hauteur du mors des chevaux, sur une distance de mille six cents stades.

Apocalypse 14, 14-20 (Trad. liturgique de la Bible)

Royaume de Dieu et écologie

Compléments sur Hildegarde de Bingen et la « viriditas »

Sa biographie, sa personnalité, sa pensée, la « Symphonie des harmonies célestes »

Lien vers le fichier PDF :

Deux chants extraits de la « Symphonie des harmonies célestes »

- Répons « O nobilissima viriditas »

Ô nobilissima viriditas, quae radicas in sole, et quae in candida serenitate luces in rota quam nulla terrena excellentia comprehendit, tu circumdata es amplexibus divinorum mysteriorum. Tu rubes ut aurora et ardes ut solis flamma.

Ô très noble viridité, enracinée dans le soleil, resplendissant d’une candeur sereine, dans cette roue que ce qu’il y a de plus éminent sur terre ne peut embrasser, toi tu as été prise dans les bras des mystères divins. Tu rougeoies comme l’aurore et tu brûles d’une même ardeur que le soleil. (Trad. Ph. Lecoq)

Pour l’écouter : https://www.youtube.com/watch?v=J1am5RODzBs

- Antienne « O quam mirabilis est »

O quam mirabilis est praescentia divini pectoris quae praescivit omnem creaturam. Nam cum Deus inspexit faciem hominis quem formavit, omnia opera sua in eadem forma hominis integra aspexit. O quam mirabilis est inspiratio, quae hominem sic suscitavit.

Ô qu’elle est admirable la prescience du cœur divin qui connaissait d’avance toute créature. En effet, lorsque Dieu a porté ses regards sur la face de l’homme qu’il a créé, c’étaient toutes ses œuvres dans leur entier qu’il apercevait dans cette même forme d’homme. Ô combien est admirable le souffle qui fit surgir l’homme.

(Trad. Ph. Lecoq)

Pour l’écouter : https://www.youtube.com/watch?v=2VWD9bsy2yg

Pour développer la compréhension de la pensée exprimée dans ces chants, extrait du « Livre des Œuvres divines »

Lien vers le fichier PDF :

L’homme manifeste en lui l’unicité de la création (Miniature du « Livre des Œuvres Divines » dans le Lucca-Codex)

L’homme manifeste en lui l’unicité de la création (Miniature du « Livre des Œuvres Divines » dans le Lucca-Codex)

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