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1. Caché à l’ombre du Très-Haut, dans la demeure du Tout-Puissant,

2. Je dis au Seigneur : « Mon rempart, mon refuge ! Mon Dieu en qui je me fie ! »

3. Il te sauvera du filet du chasseur et de la peste meurtrière.

4. De ses ailes, il te couvrira, et là, tu trouveras ton refuge ; sa fidélité sera ton armure.

5. Tu ne craindras ni l’horreur des ténèbres, ni la flèche tirée en plein jour,

6. ni la peste qui rôde la nuit, ni le mal attaquant à midi.

7. Qu’il en tombe mille à ta gauche ! qu’il en tombe dix mille à ta droite ! Toi tu resteras hors d’atteinte.

8. Il suffit que tu ouvres les yeux ; tu verras le sort des impies.

9. N’as-tu pas dit : « Seigneur, mon refuge ! » et choisi pour abri le Très-Haut ?

10. Nul malheur ne peut fondre sur toi, nul fléau n’atteindra ta demeure.

11. Il a pour toi donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies.

12. Eux-mêmes te soutiendront de leurs mains, de peur que ton pied ne bute à la pierre.

13. Tu pourras marcher sur l’aspic et la vipère, et terrasser le lion et le dragon.

14. Il s’attache à moi ; je le délivre ! Il honore mon Nom ; je le mets à l’abri !

15. Qu’il m’appelle ! Et moi, je répondrai ; dans la détresse, je serai avec lui.

16. Je veux le délivrer, le glorifier ; de longs jours, je veux le rassasier ; je lui donnerai de voir mon salut.

(Traduction « Le psautier de Ligugé)

Psaume 90 – Sous les ailes divines

Compréhension

1. Caché à l’ombre du Très-Haut, dans la demeure du Tout-Puissant,

2. Je dis au Seigneur : « Mon rempart, mon refuge ! Mon Dieu en qui je me fie ! »

Ce psaume est la traduction très poétique de l’expérience personnelle que le psalmiste a faite de la protection et de la tendresse de son Seigneur. Les deux premiers versets sont une profession de foi (« je me fie ») murmurée dans l’intimité (« caché »). On peut supposer que le psalmiste est dans un coin retiré du temple (« demeure du Tout puissant ») ; l’ombre est le signe de la protection de Yhwh (pensons à l’ombre qui protège des ardeurs du soleil dans les pays chauds !) comme la nuée qui s’arrêtait devant la porte de la tente où Moïse s’entretenait avec lui dans le désert (Ex 33, 9). On assiste là à la spiritualisation du rapport avec Yhwh : ce n’est pas le temple qui est le rempart ou le refuge mais Yhwh. Celle-ci est corroborée par l’utilisation très rapprochée des quatre noms divins de l’Alliance Elyôn (« Très-Haut »), Shaddaï (« Tout-Puissant »), Yhwh (« Seigneur ») et Elohim (« Dieu ») qui forment comme une enceinte fortifiée.

3. Il te sauvera du filet du chasseur et de la peste meurtrière.

4. De ses ailes, il te couvrira, et là, tu trouveras ton refuge ; sa fidélité sera ton armure.

Le psalmiste va maintenant témoigner de la protection divine à celui qui l’écoute en s’adressant directement à lui (jusqu’au verset 8 inclus).

L’image du refuge, du rempart, trouve une première transposition poétique dans le registre des animaux ailés. Le filet du chasseur, image très fréquente dans l’A.T., comme la peste, invisibles, surprennent leurs victimes. Dans l’antiquité moyen-orientale, il y avait un lien entre les puissances démoniaques et les maladies. Les ailes de Yhwh protègent en couvrant et l’on retrouve cette idée de refuge du v. 2. Cette dernière image, teintée de tendresse maternelle, est aussi fréquente (Dt 32, 11 - Ps 17, 8+ - Rt 2, 12 - Lc 13, 34 – Is 31, 5 …). La disposition des plumes des ailes des oiseaux qui se recouvrent peut évoquer celle des armures.

5. Tu ne craindras ni l’horreur des ténèbres, ni la flèche tirée en plein jour,

6. ni la peste qui rôde la nuit, ni le mal attaquant à midi.

Ces deux versets reprennent les images précédentes tirées de la chasse (filet, flèche) et de la peste en les amplifiant d’une notion temporelle nuit/jour/midi elle-même liée à une notion ténèbres/plein jour. Le combat entre forces vitales et démoniaques prend une dimension cosmique. On peut rapprocher horreur des ténèbres/ peste qui rôde la nuit et flèche tirée en plein jour/mal attaquant à midi (analogie entre flèche et rayons du soleil de midi). L’expression « démon de midi » vient de la traduction latine de la fin du v. 6 (a daemonio meridiano).

Tympan du portail, église de Lavardens (Gers)

7. Qu’il en tombe mille à ta gauche ! Qu’il en tombe dix mille à ta droite ! Toi tu resteras hors d’atteinte.

8. Il suffit que tu ouvres les yeux ; tu verras le sort des impies.

L’amplification devient épique ; la lutte avec les forces du mal prend ici la forme d’une bataille, image déjà amorcée au v. 3 (« armure »). Au sein de ce combat titanesque, le fidèle reste toujours hors d’atteinte (cf. le nombre de victimes) malgré son isolement (« à ta gauche … à ta droite »). Le fidèle doit éprouver la satisfaction d’échapper au sort des impies, ce qui annonce sa glorification finale (v. 16 : « je lui donnerai de voir mon salut »). L’absence de foi (impies) conduit à un mortel affrontement.

La clairvoyance (ouvrir les yeux) est une qualité essentielle du juste (« Le sage a les yeux ouverts », Qo 2, 14). Les yeux, le regard ont une importance considérable dans l’A.T., mais aussi dans le N.T. (« Quant à vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient », Mt 13, 16)

9. N’as-tu pas dit : « Seigneur, mon refuge ! » et choisi pour abri le Très-Haut ?

10. Nul malheur ne peut fondre sur toi, nul fléau n’atteindra ta demeure.

Ici intervient un second locuteur – un sage, un prophète ? – ou le psalmiste se parle à lui-même : « N’as-tu pas dit ? » (jusqu’au v. 13 inclus). C’est une récapitulation du propos développé en reprenant d’ailleurs la profession de foi initiale des v. 1 et 2 avec le réemploi des mots : refuge, demeure, abri (ombre) du Très-Haut.

11. Il a pour toi donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies.

12. Eux-mêmes te soutiendront de leurs mains, de peur que ton pied ne bute à la pierre.

13. Tu pourras marcher sur l’aspic et la vipère, et terrasser le lion et le dragon.

Cette assurance de la protection divine doit amener à se sentir léger, porté par les anges délégués par Dieu même. La véritable liberté ne peut venir que de Dieu ou de son cercle d’attraction. Les aspérités du chemin ne sont pas ressenties mais, bien plus, le fidèle est invité maintenant à combattre les forces démoniaques personnalisées ici par des animaux mythiques. On pense ici à Mt 4, 5-6 (Lc 4, 10-11) où le diable, au désert, invite Jésus à se jeter du haut du temple en citant les v. 11 et 12. Les tentations de Jésus au désert représentent une synthèse des tentations que nous pouvons subir.

On pense aussi à Ap 12 avec le combat entre la Femme et le dragon.

Durant son exil, Israël bénéficiait aussi de la protection angélique (Ex 14, 19 ; 23, 20, 23 ; 32, 34 ; 33, 2). La doctrine des Anges gardiens s’appuie sur ces versets 11-13. Voir aussi He 1, 14 : « Les anges ne sont-ils pas tous des esprits chargés d’une fonction, envoyés pour le service de ceux qui doivent avoir en héritage le salut ? »

Le "Beau Dieu d'Amiens" (Cathédrale, 13° s.) : le Christ enseigne debout, les pieds sur le lion et le dragon.

Le "Beau Dieu d'Amiens" (Cathédrale, 13° s.) : le Christ enseigne debout, les pieds sur le lion et le dragon.

Retable baroque (17° s.), église de Leychert (Ariège)

14. Il s’attache à moi ; je le délivre ! Il honore mon Nom ; je le mets à l’abri !

15. Qu’il m’appelle ! Et moi, je répondrai ; dans la détresse, je serai avec lui.

16. Je veux le délivrer, le glorifier ; de longs jours, je veux le rassasier ; je lui donnerai de voir mon salut.

L’amplification de ce qu’on peut appeler une vision est maintenant maximale : C’est Yhwh lui-même qui s’exprime en forme d’oracle et confirme les dires du psalmiste. Il met en valeur la foi du fidèle (« il s’attache à moi », cf. "en qui je me fie" du v. 2). Cet attachement à Dieu est en fait une libération (« je le délivre »). Cette foi est confessée (« il honore mon nom »), et même chantée puisque c’est le psalmiste qui s’exprime : il honore le Nom, soit dans la terminologie biblique, la divinité elle-même à laquelle on refuse de donner un nom pour ne pas l’enfermer dans une idolâtrie ; du moins l’usage de plusieurs dénominations est-il conseillé (cf. v. 1 et 2). A cette foi (« qu’il m’appelle ») exprimée aussi dans la détresse (v. 15) répond la fidélité de Dieu « « Je répondrai », « je serai avec lui ». Telle est bien la définition de l’Alliance conclue entre lui et les hommes.

Le salut (libération, délivrance, cf. la libération d’Egypte) est à donné à voir, l’homme est invité à ouvrir les yeux (cf. v. 8) et si nous les ouvrons nous pouvons observer que l’évocation prend l’allure d’une glorification après une délivrance (la mort) qui peut être lue d’une manière christologique (v. 16). Mais la mort-résurrection du Christ suivie de sa glorification préfigure la nôtre.

Le rassasiement du fidèle sera comblé de longs jours (v. 16) dans l’éternité mais aussi au présent : la manne dans le désert, la multiplication des pains. L’idée concrète de rassasiement, particulièrement évocatrice dans des régions désertiques, sert évidemment dans de nombreux passages de la bible pour tendre à évoquer une faim plus spirituelle : « Il a désaltéré celui qui avait soif ; l’homme affamé, il l’a comblé de biens » (Ps 106, 9).

Psaume 90 – Sous les ailes divines

Méditation en forme d'échos

1. Caché à l’ombre du Très-Haut, dans la demeure du Tout-Puissant,

2. Je dis au Seigneur : « Mon rempart, mon refuge ! Mon Dieu en qui je me fie ! »

3. Il te sauvera du filet du chasseur et de la peste meurtrière.

4. De ses ailes, il te couvrira, et là, tu trouveras ton refuge ; sa fidélité sera ton armure.

Comme les oiseaux qui étendent leurs ailes, ainsi le Seigneur de l’univers protégera Jérusalem : il protégera et libérera, il épargnera et délivrera. (Is 31, 5)

Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés,, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! (Luc 13, 34)

5. Tu ne craindras ni l’horreur des ténèbres, ni la flèche tirée en plein jour,

6. ni la peste qui rôde la nuit, ni le mal attaquant à midi.

7. Qu’il en tombe mille à ta gauche ! qu’il en tombe dix mille à ta droite ! Toi tu resteras hors d’atteinte.

8. Il suffit que tu ouvres les yeux ; tu verras le sort des impies.

Maître puissant, dieu de vérité, toi qui règles le cours des choses, tu ornes de splendeur le matin et tu embrases le midi.

Eteins les flammes des querelles, ôte le feu du péché, procure-nous la santé du corps et la vraie paix du cœur …

(Hymne « Rector potens » de l’office de Sexte)

Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître. Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles, et quelle puissance incomparable il déploie pour nous, les croyants : c’est l’énergie, la force, la vigueur qu’il a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux (Ep 1, 17-20)

Chapiteau des 4 anges et des 4 vents (Ap 7), abbatiale de Mozac (63)

9. N’as-tu pas dit : « Seigneur, mon refuge ! » et choisi pour abri le Très-Haut ?

10. Nul malheur ne peut fondre sur toi, nul fléau n’atteindra ta demeure.

11. Il a pour toi donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies.

12. Eux-mêmes te soutiendront de leurs mains, de peur que ton pied ne bute à la pierre.

Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » (Mt 4, 5-7)

Mon fils, ne perds jamais de vue le savoir-faire et la perspicacité : ils te seront force de vie, une parure à ton cou. Alors tu iras ton chemin avec assurance et ton pied n’achoppera pas. Au moment de dormir, nulle anxiété ; une fois endormi, ton sommeil sera doux. Tu n’as rien à craindre, ni l’angoisse soudaine, ni la tourmente qui surprend les méchants : c’est le Seigneur qui sera ton assurance, il gardera ton pied des embûches. (Pr 3, 21-26)

Saint Jacques piétinant des dragons et femmes chevauchant des lions, Porte de Miègeville (12° s.) Basilique Saint Sernin, Toulouse (31)

Saint Jacques piétinant des dragons et femmes chevauchant des lions, Porte de Miègeville (12° s.) Basilique Saint Sernin, Toulouse (31)

13. Tu pourras marcher sur l’aspic et la vipère, et terrasser le lion et le dragon.

Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. » Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire. Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. » (Lc 10, 17-20)

Abaissez-vous donc sous la main puissante de Dieu, pour qu’il vous élève en temps voulu. Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu’il prend soin de vous. Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui avec la force de la foi, car vous savez que tous vos frères, de par le monde, sont en butte aux mêmes souffrances. Après que vous aurez souffert un peu de temps, le Dieu de toute grâce, lui qui, dans le Christ Jésus, vous a appelés à sa gloire éternelle, vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. À lui la souveraineté pour les siècles. Amen. (1 P 5, 6-11)

Notre Dame du Port (11°-12° s.), Clermont Ferrand.

14. Il s’attache à moi ; je le délivre ! Il honore mon Nom ; je le mets à l’abri !

15. Qu’il m’appelle ! Et moi, je répondrai ; dans la détresse, je serai avec lui.

16. Je veux le délivrer, le glorifier ; de longs jours, je veux le rassasier ; je lui donnerai de voir mon salut.

Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour). Ceux que, d’avance, il connaissait, il les a aussi destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères. (Rm 8, 28-29)

Comme un pommier entre les arbres de la forêt, ainsi mon bien-aimé entre les jeunes hommes. J’ai désiré son ombre et je m’y suis assise : son fruit est doux à mon palais. (Ct 2, 3)

Une interprétation christologique se présente tout de suite par exemple en Lc 6, 21 : « Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés » ou en Jn 6, 48-50 : « Moi, je suis le pain de la vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas ». L’institution du mémorial de sa mort-résurrection par Jésus consacre définitivement le lien entre rassasiement corporel et rassasiement spirituel, une invitation à partager avec lui le mystère de l’Incarnation.

Psaume des tentations déjouées, de la protection et de la tendresse du Dieu fidèle, le psaume 90 est aussi celui de la foi du fidèle appelé à être glorifié. Il n’est rien demandé d’autre ici qu’une foi indéfectible ; pas question de jeûne, de mortification, de bonnes œuvres, il suffit d’ouvrir les yeux et de croire. Le dépassement de notre originelle et mortelle angoisse nous conduit au salut, à partager la vie de Dieu, vie de tendresse prévenante pour ses créatures.

(sur l’originelle et mortelle angoisse, voir mon article « Réconciliation II » du 27/02/2015).

Note : Dans la Compréhension et la Méditation la traduction est celle de la Bible Liturgique.

Notre Dame du Port (11°-12° s.), Clermont Ferrand

Notre Dame du Port (11°-12° s.), Clermont Ferrand

Méditation grégorienne

Ce psaume est une merveille de construction littéraire, de poésie et de tendresse. Il est le psaume chanté à l’office du soir des complies des dimanches et jours de fête tant il invite à la confiance face aux dangers des ténèbres. C’est aussi le psaume dédié au premier dimanche de carême par la liturgie grégorienne qui en utilise les versets pour la totalité de l’office et les pare d’admirables mélodies (Introït, Graduel, Trait, Offertoire et Communion). Nous retrouvons aussi ce psaume cité dans les évangiles de Matthieu (Mt 4, 1-11) et Luc (Lc 4, 4, 1-13) lus ce dimanche-là (tentations de Jésus au désert).

Les versets du psaume 90 retenus pour le Trait du 1er dimanche de Carême sont les suivants :

1. Caché à l’ombre du Très-Haut, dans la demeure du Tout-Puissant,

2. Je dis au Seigneur : « Mon rempart, mon refuge ! Mon Dieu en qui je me fie ! »

3. Il te sauvera du filet du chasseur et de la peste meurtrière.

4. De ses ailes, il te couvrira, et là, tu trouveras ton refuge ; sa fidélité sera ton armure.

5. Tu ne craindras ni l’horreur des ténèbres, ni la flèche tirée en plein jour,

6. ni la peste qui rôde la nuit, ni le mal attaquant à midi.

7. Qu’il en tombe mille à ta gauche !qu’il en tombe dix mille à ta droite ! Toi tu resteras hors d’atteinte.

11. Il a pour toi donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies.

12. Eux-mêmes te soutiendront de leurs mains, de peur que ton pied ne bute à la pierre.

13. Tu pourras marcher sur l’aspic et la vipère, et terrasser le lion et le dragon.

14. Il s’attache à moi ; je le délivre ! Il honore mon Nom ; je le mets à l’abri !

15. Qu’il m’appelle ! Et moi, je répondrai ; dans la détresse, je serai avec lui.

16. Je veux le délivrer, le glorifier ; de longs jours, je veux le rassasier ; je lui donnerai de voir mon salut.

(Traduction « Le psautier de Ligugé)

Cathédrale d'Amiens (13°-15° s.)

Cathédrale d'Amiens (13°-15° s.)

Une très belle psalmodie du psaume 90 par le chœur des moines de l’abbaye de Tamié :

https://www.youtube.com/watch?v=hrawiRQFaUI

Autre traduction

Traduction en vers par Pierre Corneille (1670)

Sous l’appui du Très-Haut quiconque se retire,

Et de tout se confie en lui,

Sous sa protection jusqu’au bout il respire,

Et n’a point besoin d’autre appui.

5 - Il dira hautement : « Vous êtes mon refuge,

Seigneur, vous me tendez la main :

C’est en vous que j’espère, et je n’aurai pour juge

Que mon protecteur souverain.

« Sous un bras si puissant je suis en assurance

10 - Contre les pièges des chasseurs,

Et le plus noir venin de l’âpre médisance

Ne m’imprime aucunes noirceurs. »

Espérez tous en lui : l’ombre de ses épaules

Vous tiendra partout à couvert,

15 - Et son vol étendu jusque sur les deux pôles

Vous servira d'asile ouvert.

En cet heureux état sa vérité suprême

Vous fait partout un bouclier ;

Et dans l’obscurité, la frayeur elle-même

20 - N’a pas de quoi vous effrayer.

L’attentat en plein jour, les négoces infâmes

Qui ne se traitent que de nuit,

Du démon de midi les pestilentes flammes,

De tout cela rien ne vous nuit.

25 - Un million de traits, un million de flèches

Tomberont à vos deux côtés,

Sans que flèches ni traits fassent aucunes brèches

Sur ce que gardent ses bontés.

Considérez d’ailleurs comme agit sa colère

30 - Sur qui se plaît à l’offenser :

Vous verrez les pécheurs recevoir leur salaire,

Et ses foudres les terrasser.

Espérez tous en lui, j’aime à vous le redire,

Et ne puis vous le dire assez :

35 - C’est prendre un haut refuge, et le plus vaste empire

N’a point de forts si bien placés.

L’asile que nous font sa grâce et sa justice

Est inaccessible à tous maux ;

Et sous quelque fléau que la terre gémisse,

40 - Vous n’en craindrez point les assauts.

Ses anges par son ordre auront soin de vos routes,

Quelque part qu’il vous faille aller ;

Et tout autour de vous ils seront aux écoutes,

Dès qu’il vous faudra sommeiller.

45 - Dans ces âpres sentiers qu’à peine ouvre la terre,

Ils vous porteront en leurs mains,

De peur que votre pied heurtant contre la pierre

Ne fasse avorter vos desseins.

Des plus hideux serpents l’affreuse barbarie

50 - Vous laissera marcher sur eux ;

Vous foulerez aux pieds le lion en furie,

Le dragon le plus monstrueux.

« C’est en moi qu’il a mis toute son espérance,

Dira de vous ce Dieu tout bon ;

55 - Et je protègerai partout son innocence,

Puisqu’il a reconnu mon nom.

« Il n’aura qu’à parler, j’entendrai sa prière,

Je prendrai part à ses douleurs ;

Je ferai succéder ma gloire à sa misère,

60 - Et mon bonheur à ses malheurs.

« A la longueur du temps je veux qu’il me serve

Je joindrai mon grand avenir,

Et je lui ferai voir quel bonheur je réserve

A ceux qui savent me bénir. »

(Œuvres de Pierre Corneille, Les grands Ecrivains de la France, Tome IX, Librairie de L. Hachette et Cie ; Paris, 1862)

Cette traduction fait partie de l’ « Office de la Saint Vierge traduit en françois, tant en vers qu’en prose avec les sept psaumes pénitentiaux, les vêpres et complies du dimanche et tous les hymnes du bréviaire romain par Pierre Corneille (1670) »

Ce livre était destiné à ceux qui voulaient s’unir à la prière officielle (bréviaire) de l’Eglise. Il est dédicacé à la Reine Marie-Thérèse d’Autriche, mariée à Louis XIV en 1660, morte en 1683 :

« Madame,

Ce n’est pas sans quelque sorte de confiance que j’ose présenter cet office de la Reine du ciel à la première reine de la terre ; et si mes forces avoient pu répondre à la dignité de la matière et au zèle de Votre Majesté, je me tiendrois très-assuré de lui faire un présent tout à fait selon son cœur … »

Ce psaume 90 est inscrit aux complies du dimanche.

Je vous propose un enchaînement musical pour servir d’écrin à cette magnifique traduction de Pierre Corneille.

« Je ferai succéder ma gloire à sa misère » (vers 59)

« Duretez Fantaisie » (1650) du Livre d’orgue de Louis Couperin (1ère œuvre proposée sur You tube ; vous pouvez prendre ensuite le loisir d’écouter l’intégrale) :

Cathédrale d'Amiens, Choeur (1751)

Cathédrale d'Amiens, Choeur (1751)

Compléments

Les Dix-sept sermons de Saint Bernard sur le psaume 90 (vers 1140) dont la traduction est proposée par l’abbaye Saint Benoît de Port-Valais (Suisse)

Abbaye cistercienne de Rieunette (11)

Abbaye cistercienne de Rieunette (11)

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