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(Pape Benoït XVI)

Vous ne vous êtes pas approchés d’une réalité qu’on aurait pu toucher : feu ardent, obscurité, ténèbres, ouragan, éclat de trompette, tonnerre des voix, réalité telle que ceux qui la perçurent supplièrent qu’on ne leur parle pas davantage. Intolérable, en effet, leur apparut cette prescription : « Quiconque touchera la montagne, ne serait-ce qu’un animal, devra être lapidé. » Et si effrayant était le spectacle que Moïse s’exclama : « Je suis terrifié » et fut tout tremblant ! Mais vous, c’est de la montagne de Sion et de la ville du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste et de la myriade d’anges en fête que vous vous êtes approchés, et aussi de l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux, d’un Dieu juge universel, des esprits des justes parvenus à la perfection, de Jésus, médiateur d’une alliance nouvelle, et enfin d’un sang purificateur, lequel parle mieux que celui d’Abel.

Epître de Paul aux Hébreux 12 18-24 (Trad. Bible Bayard)

En vignette : Jérusalem céleste. Eglise San Paolo entro le Mura, Rome. Extrait de la mosaïque absidiale par Edward Burne-Jones (1833-1898). Blogue de Michelle Gastaut.

Une approche eschatologique de la Jérusalem céleste

Sion et le Sinaï, deux lieux très symboliques, lieux sacrés où retentit la Parole.

Au Sinaï, c’est le Dieu jaloux de son secret, dont le nom est imprononçable et qui ne peut être représenté matériellement. Il parle au peuple par les prophètes et ici par Moïse chargé de conclure l’Alliance proposée. De ce Dieu distant, grand comme une montagne qu’il ne faut pas approcher, les hébreux n’ont qu’une perception qui inspire la crainte – feu, obscurité, ténèbres, ouragan, tonnerre, … - jugée intolérable. Autant adorer un veau d’or qui rassure. Même Moïse, pourtant autorisé à un contact avec ce Dieu inaccessible, est effrayé de ce « spectacle ». A ce Dieu mortifère l’auteur de la Lettre aux hébreux oppose le Dieu vivant duquel la Nouvelle Alliance instaurée en Jésus autorise l’approche dans une espérance eschatologique de cette Jérusalem céleste où siègent déjà ceux qui sont justes sous le regard de Dieu, au milieu des anges en fête. Cette Nouvelle alliance a été instaurée par le sang purificateur de Jésus livré sur la croix mais aussi dans le mémorial eucharistique qui efface les anciens sacrifices.

C’est de cette Jérusalem céleste que sont conviés de s’approcher chaque dimanche les chrétiens qui fêtent le premier jour de la semaine, le sabbat de la Nouvelle Alliance, actualisation de la Résurrection et de la glorification du Sauveur. Ils sont invités à partager le chant des anges au sein de cette grande Eglise invisible qui unit les vivants et les morts autour du Dieu vivant.

Cette approche de la Jérusalem céleste appelle notre participation pleine et entière aux mystères célébrés. Cette participation, d’abord intérieure, se traduit par des gestes, des paroles et des chants extérieurs, incarnation de cet Esprit qui nous fait crier « Abba, Père ». (Galates 4 6).

Anges musiciens par Lorenzo Veneziano (1368)

Anges musiciens par Lorenzo Veneziano (1368)

La vraie liturgie est cosmique

Nous le savons : la création tout entière, jusqu’à ce jour, gémit dans les douleurs de l’enfantement. Et non seulement la création, mais nous, qui avons en nous les prémices, les premières traces du Souffle. Nous gémissons aussi en nous-mêmes dans l’attente de la filiation, la délivrance de notre corps.

Notre salut est dans l’espoir.

Mais l’espoir qui appréhende clairement son objet n’est plus de l’espoir. Car qui espère ce qu’il peut voir ? Si, au contraire, nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec la tension de la patience.

Ce qui autorise le Souffle à venir au secours de notre faiblesse. Car prier comme il faut, nous ne savons pas le faire. Mais le Souffle lui-même intercède pour nous dans des gémissements indicibles. Et celui qui scrute les cœurs connaît l’agir du souffle et sait qu’il intercède en faveur des saints, conformément au projet divin.

Epître de Paul aux Romains 8 22-27 (Trad. Bible Bayard)

On a beaucoup critiqué Benoît XVI sur une vision passéiste qu’il aurait eue de la liturgie. Il est en réalité profondément attaché au rite conciliaire. La pratique de l’ancien rite qu’il a étendue vise en fait, tout en ménageant certaines sensibilités spirituelles, à rappeler quelques principes liturgiques qui lui paraissent essentiels. Benoît XVI a beaucoup écrit et parlé sur la liturgie. Pour résumer l’essentiel de sa pensée, la messe n’est pas un repas mais le mémorial du don du Seigneur auquel les chrétiens adhèrent par la charité ; le silence, lié au mystère, est nécessaire pour cette rencontre intérieure qui est la source de la participation extérieure ; l’eucharistie est action de grâce, participation eschatologique et cosmologique au chant céleste, donc tournée vers le Christ et son Père et non vers la communauté qui y trouverait l’expression de son identité auto-célébrée. La musique (Benoît XVI est musicien !), comme les gestes, sont les manifestations tangibles de ce dialogue intérieur entre Dieu et sa créature.

« Quand la parole se fait musique, il y a bien passage aux sens, incarnation, annexion de forces en deçà et au-delà du rationnel, captage de l’harmonie cachée de la création, révélation du chant qui sommeille au fond des choses ».

« La vraie liturgie se reconnaît au fait qu’elle est cosmique et non réduite au groupe. Elle chante avec les anges. Elle se tait comme se tait l’attente des profondeurs de l’univers. Et c’est ainsi qu’elle délivre la terre. »

« Liturgie et musique d’Eglise » : Article de Joseph Ratzinger dans la revue Communio, Tome XII, janvier-février 1988, p. 60-78, repris dans « Peut-on modifier la liturgie – Eléments de réflexion après Vatican II » (recueil d’articles du cardinal Ratzinger. Ed. L’échelle de Jacob, 2010, p. 99 et 107).

« La vraie liturgie chante avec les anges »

L’embourbement mondain d’une réforme liturgique mal comprise

Animé de telles convictions, Joseph Ratzinger a dû bien souffrir en voyant les nombreuses approximations - pour employer un euphémisme - qui ont fleuri après le Concile Vatican II. J’ai partagé et partage encore ces souffrances de Benoît XVI au risque de paraître paradoxal par rapport à certains de mes propos.

J’avais treize ans quand le dernier concile s’est ouvert. J’ai bien connu les anciens rites. Comme enfant de chœur, je les ai vécus de près : fumée parfumée des encensoirs, obscurité des paroles prononcées, ouragan des chantres hurlant le plain-chant, éclat de trompette d’orgues tonitruantes, tonnerre des voix descendant de la chaire. Mais contrairement aux hébreux du désert et malgré les lapidations de ma sensibilité à fleur de peau, malmenée par toutes sortes d’interdits et de menaces (ces hosties consacrées qu’il ne fallait pas toucher, ne serait-ce qu’avec les dents, le feu éternel de la damnation … !), je ne sacrifiai pas au veau d’or au moment de l’adolescence ; j‘envisageais même d’être prêtre ou moine. Cette sensibilité au mystère, cette approche du divin, ma foi d’alors pouvait la puiser dans les anciens rites, mais j’achetai sur mes propres deniers le texte de la constitution de Vatican II sur la liturgie « De sacra liturgia » dont j’ai encore l’exemplaire.

La laideur et le sécularisme, voilà en résumé ce qui nous était offert à peu près partout pour accéder à l’ineffable. Ineffable, le but, déjà, était nié. Grâce aux traductions en langue vernaculaire, aux monitions nombreuses, aux simplifications des rites, à la médiation des animateurs, tout était censé devenir accessible au fidèle de base. Le sacré - du latin « sacer » signifiant séparé - était aboli par le tutoiement de la divinité. Jésus, devenu copain, pouvait être glorifié du titre de « super star » … Au mieux le mobilier ou les objets du « culte ancien » furent en bien des endroits, tout au moins en France, confiés à vil prix aux antiquaires ou tout simplement détruits par des « sans chasubles » presque aussi excités que les « sans-culottes » de la Révolution. Sur le plan musical, au « Kyrie eleison », décliné en d’admirables mélodies grégoriennes connues de tout le monde - banni comme du latin ! - succédait dans ma paroisse un « Seigneur prends pitié » misérabiliste d’un certain David J. dont j’imagine le Roi David, le chantre des psaumes éternels, frémir à l’idée qu’il pouvait s’adresser à Dieu. De la même façon, « Alleluia », devenait « Vive Dieu », mélodie minimaliste de trois notes répétée sur une ligne certes ascendante. Au nom de la pauvreté, donc de la simplicité, les plus mauvais musiciens et paroliers se virent attribuer quasiment des monopoles par les officines liturgiques officielles tandis que des auteurs de qualité, musiciens professionnels attachés à la tradition mais aussi au renouveau se voyaient tout simplement ignorés dans le cadre de cette inquisition liturgique.

L’Eglise se devait d’être dépouillée, pauvre. Noble perspective ! Mais autant la pauvreté peut revêtir la noblesse de la croix, autant le misérabilisme peut traduire un abandon lascif de la grandeur de l’Homme tiré de la glaise par son Créateur. Il ne s’agit pas de regretter que Dieu puisse être enfin tutoyé comme le Père de ses enfants chéris ; mais le tutoiement (comme de nos jours la bise généralisée) peut aussi être une façon de s’approprier l’autre ou l’Autre en le faisant rentrer dans nos catégories mentales et affectives égocentriques.

Comme on tutoyait Dieu, qui aime la « pauvreté », il devenait évident qu’il ne fallait pas trop faire de chichis avec lui : ce sera la floraison des autels « caisse à savon » ou formica, des ambons minimalistes seulement rehaussés des voiles huméraux devenus obsolètes tandis que la réserve eucharistique sera conservée dans une boîte d’un modèle pouvant être agréé par l’administration de la Poste.

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Dans cette magnifique église romane d’Ariège l'aménagement du sanctuaire n'est vraiment pas à la hauteur du cadre.

« La vraie liturgie chante avec les anges »
« La vraie liturgie chante avec les anges »

Qui espère ce qu’il peut voir ?

Dans cette liturgie minimaliste en langue vernaculaire, tout était censé être clair, évident ; le salut était ramené à une espérance calibrée à des espoirs séculiers. Mais comme le disait Paul aux Romains, « l’espoir qui appréhende clairement son objet n’est plus de l’espoir. Car qui espère ce qu’il peut voir ? Si, au contraire, nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec la tension de la patience. » (Rm 8 24-25). Plus de place pour « les gémissements indicibles » du Souffle divin, remplacés par des vociférations contextuelles. « La messe était dite » ! Il n’y avait plus rien à attendre et à espérer que ce que la société séculière proposait dans ses « grand-messes ». L’au-delà des mots et de l’espérance était nié, la charité honnie au profit de la justice avec sa balance. Quel avenir alors pour le « Sacrement de la charité », pour reprendre le titre de l’exhortation apostolique publiée par Benoît XVI en 2007 (« Sacramentum caritatis ») ?

La laideur partout à voir, à entendre … L’abomination de la désolation … et la fuite de nombreux fidèles et de ceux qui formeront le courant schismatique de Mgr Lefebvre. Certes, ceux qu’on nomme maintenant les « Lefebvristes » ne sont pas en refus du concile Vatican II uniquement pour des causes liturgiques, mais je suis persuadé que ce courant n’aurait jamais eu l’écho qu’il a rencontré s’il n’avait été rejoint d’abord par des fidèles traumatisés par l’application donnée à la réforme liturgique voulue par le Concile Vatican II. A la décharge des « sans chasubles », il faut souligner que la formation des prêtres était inadaptée depuis des lustres dans une Eglise régie par des ronds de cuir jaloux de leurs prérogatives et de leur confort idéologique.

Malheureusement, à cet esprit « popote », genre « vaisselle d’argent », des princes de l’Eglise contrastant avec ce Dieu impitoyable dont ils faisaient leur roi, succédait l’esprit « popote » des « réformés du Concile » avides d’ajouter pour leur copain un couvert à leur table (pour paraphraser un cantique), certes sympathique, mais emprunt d’un esprit tout aussi mondain - mais, bien sûr, du « nouveau monde » ! -. Pour se conformer à l’idéologie jugée progressiste, le « à tu et à toi » remplaçait le « pince-froid » dans une superficialité équivalente et vaine.

Combien avaient réellement lu « De sacra liturgia » ? Cette belle constitution, dont nous fêtons le cinquantenaire, rendait essentiellement plus accessibles la Parole de Dieu et le déroulement des rites pour encourager l’adhésion participative de l’assemblée. Elle voulait le faire dans la continuité et dans le sens d’un approfondissement. Les pesanteurs du passé sans doute trop lourdes à supporter depuis bien longtemps, le manque de culture théologique, biblique et artistique ont empêché qu’elle porte tous les fruits espérés ; çà et là, en particulier dans les monastères bénédictins, la réforme liturgique bien comprise et appliquée aurait pu servir d’exemple si le sectarisme des « sans-chasubles » ne s’était imposé dans toutes les commissions mises en place par l’épiscopat français.

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Un bon exemple de sanctuaire rénové : celui de l’église l’abbaye bénédictine de Ligugé (86)

« La vraie liturgie chante avec les anges »
« La vraie liturgie chante avec les anges »
« La vraie liturgie chante avec les anges »
« La vraie liturgie chante avec les anges »

Sortir la liturgie eucharistique des mondanités

Je ne regrette évidemment pas le rite ancien tridentin. Le sens du sacré que lui reconnaissent ses partisans repose essentiellement sur le mystère qui l’entoure : célébration dos à l’assemblée, langue latine, nombreuses bénédictions et génuflexions, canon (prière eucharistique) murmuré par le prêtre. Le Saint-Sacrifice de la messe est l’affaire du prêtre qui intercède pour tous et, dans une messe solennelle, il y a décalage presque total entre ce qui est chanté par les chantres ou l’assemblée et le déroulement des rites à l’autel.

Si les excentricités liturgiques sont devenues bien moins fréquentes et si les endroits où la liturgie est célébrée dans le respect de la constitution conciliaire sont de plus en plus nombreux, il n’en reste pas moins qu’il y a encore des efforts gigantesques à réaliser pour qu’elle « chante avec les anges ». Des efforts ont été réalisés pour la conservation et la mise en valeur du patrimoine d’art sacré, en particulier dans l’aménagement des sanctuaires, tout en permettant l’éclosion d’œuvres contemporaines intéressantes. Les temps de silence progressent, l’animateur se fait plus discret. Le texte des chants, sous l’influence des communautés nouvelles se calque beaucoup plus sur la Parole de Dieu mais le niveau musical reste globalement médiocre. Les compositeurs en vogue dans l’après-concile ont cédé la place à des charismatiques qui s’imaginent être « inspirés ». On croit retrouver les sucreries mélodiques et harmoniques du 19° siècle avec de temps en temps une tendance à la farandole typiquement charismatique. Nous sommes toujours dans les mondanités !

Des dévotions qui étaient en déclin déjà avant le concile (chapelet, adoration du Saint-Sacrement) sont maintenant encouragées par les jeunes prêtres en col romain, fers de lance de la nouvelle évangélisation. Historiquement, l’essor de ces dévotions a coïncidé avec le déclin de la liturgie eucharistique devenue étrangère aux fidèles. Sommes-nous dans le même processus ? Tout a été traduit, expliqué, paraît familier ; tout, en fait, a été banalisé et, pour reprendre l’épître de Paul, l’on n’espère pas ce que l’on ne voit pas puisque l’on croit tout voir et savoir. Un approfondissement de la Parole de Dieu et des rites ferait retrouver la vérité du vieil adage socratique : « tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien » que peuvent partager les vrais chercheurs de Dieu. Les homélies dominicales se réduisent la plupart du temps à de vagues considérations moralisatrices sur l’évangile du jour ; les deux autres lectures du dimanche y sont rarement évoquées et encore moins les textes du rite eucharistique. Faut-il célébrer aussi autant de messes, tous les jours, au risque d’une banalisation à laquelle il faut être un vrai mystique pour échapper ?

Il faut sortir l’eucharistie des mondanités, de la facilité, du confort pour entrer dans l’espérance cosmique du Royaume, ce que nous en pressentons, ce que nous n’en soupçonnons pas encore ; alors notre chant se joindra à celui des anges.

« Comme le païen, j’adore un Dieu palpable. Je le touche même, ce Dieu, par toute la surface et la profondeur du Monde de la Matière où je suis pris. Mais, pour le saisir comme je voudrais (simplement pour continuer à le toucher), il me faut aller toujours plus loin, à travers et au-delà de toute emprise, - sans pouvoir jamais me reposer en rien, - porté à chaque instant par les créatures, et à chaque instant les dépassant, - dans un continuel accueil et un continuel détachement. »

Pierre Teilhard de Chardin, « La messe sur le monde », « Le Feu dans le Monde ». Ed. du Seuil (Coll. Points, Sagesse, p. 37).

Nébuleuse de la Tarentule

Nébuleuse de la Tarentule

Compléments

La liturgie comme recréation

Depuis que j’ai écrit ce texte il y a environ trois ans, la liturgie n’a guère progressé sur le chemin d’une évocation poétique et d’une approche mystique des mystères célébrés. On reste dans le littéralisme, le contextuel. Le sécularisme sévit : les écrans s’imposent un peu partout dans les sanctuaires, la musique calque encore plus les standards entendus dans les supermarchés et les radios racoleuses, le langage des prédicateurs s’appauvrit … Bien qu’on prétende accomplir les rites liturgiques de la messe comme une autocélébration de la banalité quotidienne certes un peu enjolivée - dans un style de plus en plus télévisuel -, les fidèles n’adhèrent pas davantage à ce qui demeure le Mémorial du Seigneur qu’il nous a légué dans un contexte hautement symbolique ; ils se réfugient encore dans des dévotions (adoration eucharistique, chapelet) et des célébrations-animations. Peu de prédicateurs sont capables de leur expliquer et faire goûter les textes lus à la messe et de les faire entrer dans un monde de symboles dont le langage poétique permet seul de dépasser l’idolâtrie fruit d’une pauvreté de références et d’expression. Et pourtant le Mémorial laissé par Jésus est la célébration d’un Dieu qui s’incarne dans l’Histoire et la matière charnelle des cinq sens de l’humain pour se donner à nous. Pour le célébrer, il faut s’ouvrir à ce qui demeure le Mystère cosmique de notre création. Notre Créateur nous a créés à partir du limon, mais à son image et à sa ressemblance. C’est à la contemplation de celles-ci que la liturgie eucharistique doit nous conduire à partir de notre limon quotidien. Trop souvent les liturgies nous laissent embourbés dans l’aveuglement de nos banalités rassurantes y compris émotionnelles.

L’orientation liturgique vers l’Orient

Le Cardinal Sarah, Préfet de la congrégation romaine pour le Culte divin, dont je n’apprécie pas habituellement les prises de position préconisait récemment un retour à l’orientation de la célébration eucharistique vers l’Orient, symbole du Christ ressuscité qui se lève comme un Soleil nouveau et aussi de cette Jérusalem céleste. On ne saurait acquiescer à un retour généralisé et complet de cette pratique. Toutefois, nos églises ont été conçues en fonction de cela et il me paraîtrait souhaitable qu’à un moment ou un autre de la célébration eucharistique, le rite préconise au célébrant de se tourner vers l’Orient. Cela est déjà mis en pratique à certains endroits en particulier dans la liturgie de Notre-Dame de Paris où le célébrant et ceux qui l’entourent se tournent vers l’Orient au moment du chant du Kyrie eleison.

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Le Christ, Soleil nouveau, illumine l’abside de la chapelle romane de Bensa à Lavelanet (Ariège)

« La vraie liturgie chante avec les anges »

La Messe des Anges

Cette « Missa De Angelis » est une composition assez tardive (15° et 16° siècles, sauf Sanctus du 12° s.) rattachée au répertoire de chant grégorien pour l’Ordinaire de la messe. C’en est la plus connue et encore la plus couramment chantée lorsqu’on veut « chanter en latin ». Je vous propose d’en écouter cette version, parmi bien d’autres sur You Tube.

C’est bien avec les anges (dans l’acception mystico-poétique la plus large de ce terme) que nous devons chanter !

Autres images symboliques

La charte de Saint Martin du Canigou (1195) conservée à la bibliothèque des Beaux-Arts de Paris illustre bien notre propos. Eric Palazzo dans son livre « L’invention chrétienne des cinq sens dans la liturgie du Moyen Âge » (Cerf, 2014) en fait une longue analyse. Un prêtre encense l’autel au moment de l’offertoire devant des fidèles aux bras tendus en signe d’offrande sous le regard du Christ en majesté dans la Jérusalem céleste. La fumée de l’encens qui monte vers lui mais est dirigée vers les offrandes est en quelque sorte le symbole du lien avec sa divinité qui continue de s’incarner dans le pain et le vin mais aussi dans les offrandes que nous apportons signes de l’offrande de notre vie à l’image du sacrifice du Christ.

« La vraie liturgie chante avec les anges »

L’encensoir lui-même est souvent construit au Moyen-Âge comme une petite cité céleste de Jérusalem, avec ses tours et ses remparts. De cette encensoir-cité céleste émane la bonne odeur du Christ au milieu des saints et des anges du ciel.

Encensoir de Trêves (2° moitié du 12° s.), dessin de Viollet-Le-Duc

« La vraie liturgie chante avec les anges »

Rendons grâce à Dieu qui nous entraîne sans cesse en son cortège triomphal dans le Christ, et qui répand par nous en tout lieu le parfum de sa connaissance. Car nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ, parmi ceux qui accueillent le salut comme parmi ceux qui vont à leur perte ; pour les uns, c’est un parfum de mort qui conduit à la mort ; pour les autres, un parfum de vie qui conduit à la vie. Et qui donc est capable de cela ? En effet, nous ne sommes pas comme tous ces gens qui sont des trafiquants de la parole de Dieu ; au contraire, c’est avec sincérité, c’est de la part de Dieu, et devant Dieu, que dans le Christ nous parlons.

2ème épitre de Paul aux Corinthiens 2 14-17 (Trad. Bible liturgique)

La voûte absidiale est l’endroit architectural privilégié pour montrer le Christ dans sa gloire céleste. Le chœur des premières grandes églises chrétiennes était souvent surélevé, montrant ainsi que l’eucharistie nous hausse vers la Jérusalem céleste.

Abside de l’église San Miniato al monte à Florence : mosaïque surmontant un chœur surélevé.

« La vraie liturgie chante avec les anges »
« La vraie liturgie chante avec les anges »
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