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La Loi (2) Jésus et la Loi

Dans un premier article, nous avons essayé de préciser le concept de loi dans l’Ancien Testament. Dans ce deuxième article, nous allons étudier comment Jésus se positionne par rapport à ce que les juifs de son époque appellent la Loi et à leur manière de la mettre en pratique. Nous verrons qu’il ne se situe pas dans une opposition systématique à celle-ci mais que sa prédication constitue plutôt une nouvelle proposition d’exégèse du patrimoine scripturaire où la Torah ne saurait se réduire à l’énoncé des 613 commandements exigeant une obéissance littérale.

C’est l’évangile de Marc dont la lecture sera faite tout au long de l’année liturgique « B » 2017-2018 qui ouvrira la perspective de nos recherches. Premier évangile rédigé, sans doute au plus près de la vie et des paroles de Jésus, il évite certains développements théologiques ultérieurs intéressants mais déjà ancrés dans les problématiques agitant les premiers courants chrétiens qui cherchent à défendre leur originalité. Marc s’adresse à un milieu païen, un monde où l’on parle le latin. Sans doute est-ce pour cela que Marc se garde bien d’employer le mot nomos -loi en grec-, sachant ce que son équivalent latin lex peut recouvrir de culture juridique aboutie. Nous nous référerons bien sûr aussi aux autres évangélistes qui abordent la loi avec des sensibilités différentes, tout en retenant que certaines péricopes de Marc touchant à la loi n’ont pas d’équivalent chez Matthieu et Luc. Ceux-ci, dans la rédaction de leurs évangiles, se sont inspirés à la fois de Marc et d’une source ancienne de paroles de Jésus reconstituée mais pas encore retrouvée appelée source « Q ».

La Loi (2) Jésus et la Loi

Les épis arrachés le jour du Sabbat

Mc 2, 23-28

Lc 6, 1-5

Mt 12, 1-8

 

23 Un jour de sabbat, Jésus marchait à travers les champs de blé ; et ses disciples, chemin faisant, se mirent à arracher des épis. 24 Les pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Cela n’est pas permis. » 25 Et Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu ce que fit David, lorsqu’il fut dans le besoin et qu’il eut faim, lui-même et ceux qui l’accompagnaient ? 26 Au temps du grand prêtre Abiatar, il entra dans la maison de Dieu et mangea les pains de l’offrande que nul n’a le droit de manger, sinon les prêtres, et il en donna aussi à ceux qui l’accompagnaient. »

27 Il leur disait encore : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. 28 Voilà pourquoi le Fils de l’homme est maître, même du sabbat. » (Marc 2, 23-28)

 

Cet épisode prend place à la suite de deux controverses concernant la non-observance de traditions pharisiennes concernant la communauté de table (Mc 2, 14-17) et la pratique du jeûne (Mc 2, 18-22 cf. l’article « Jeûne et vin nouveau » : http://www.bible-parole-et-paroles.com/2015/03/jeune-et-vin-nouveau.html). Ici les disciples sont accusés de violer la loi du sabbat faisant partie du décalogue.

 

Le fait de grapiller des épis dans le champ du voisin était autorisé (Dt 23, 26) mais évidemment pas le jour du sabbat pour les pharisiens qui interdisaient la moisson ce jour-là (Ex 34, 21). A son habitude Jésus renvoie ses interlocuteurs à un autre passage des Ecritures qu’il met en contradiction avec leurs affirmations. Au-delà du Sabbat, c’est d’un besoin vital de manger des disciples dont il s’agit comme dans la péricope suivante que nous étudierons où il s’agira de sauver un être vivant (Mc 3, 1-6). Seul Matthieu, toujours très soucieux de l’image de la Loi, précise prudemment dès le début, comme pour annoncer l’argumentation de Jésus, qu’ils ont faim (Mt 12, 1)

Mt (12,1) et Lc (6, 1) ne parlent que d’un passage à travers les moissons alors que Mc ajoute mot à mot : « ses disciples commencèrent à faire chemin arrachant les épis » (Mc 2, 23). Nous avons étudié dans le premier article cette thématique de la Loi qui est chemin. Le chemin chez Marc est l’endroit où l’on réfléchit ensemble ((Mc 9, 33-34). Cette mention n’est sans doute pas fortuite !

La Loi (2) Jésus et la Loi

Le fond de l’argumentation de Jésus consiste à rappeler un épisode où David a mangé avec ses compagnons les pains d’oblation malgré la loi qui les réserve aux prêtres (1 S 21). Episode qui n’a rien à voir avec le sabbat mais qui montre l’autorité prophétique attribuée à David. Pour autant ce n’est pas en revendiquant le titre de Fils de David qu’il autorise une transgression du sabbat par ses disciples (cf. article Fils de David : http://www.bible-parole-et-paroles.com/2015/07/fils-de-david.html) mais celui de « Fils de l’homme ». Nous y reviendrons mais voyons encore une fois l’embarras de Matthieu dans cette controverse à propos du sabbat. En fait, tout en rappelant les paroles de Jésus, il veut venir ensuite en quelque sorte comme « à son secours » par trois arguments complémentaires :

-         Les prêtres ne violent pas le sabbat lorsqu’ils exercent leur charge dans le temple (Mt 12, 5).

-         Jésus est plus grand que le temple (Mt 12, 6) : les grands prêtres et les anciens reprochèrent à Jésus de s’arroger l’autorité d’enseigner dans le temple (Mt 21, 23) et lui-même déclara qu’il détruirait le temple fait de main d’homme pour le reconstruire en trois jours (Mt 26, 61), annonçant ainsi sa passion.

-         Enfin, l’argument qui résume toute la vie de Jésus : Je désire la miséricorde et non le sacrifice (Mt 12, 7) – cf. Os 6, 6 – et qui disculpe donc les disciples.

Face à ce rappel par Matthieu de l’autorité de Jésus comme interprète de la loi, ce qui légitime pour la communauté primitive un nouveau comportement normatif, Marc est beaucoup plus sobre, fidèle à son intention de replacer la loi dans l’optique anthropologique du récit de la création (Mc 2, 27-28) :

« Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui est dans ta ville. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié ». (Ex 20, 8-10)

 

Le sabbat a été créé pour le repos du créateur et de l’homme et non pour l’empêcher de vivre en ne lui permettant pas de manger. Ce rappel ne figure que dans l’Evangile de Marc.

 

« Voilà pourquoi le Fils de l’homme est maître, même du sabbat ». (Mc 2, 28)

 

Sur la notion de « Fils de l’homme », je renvoie à l’article de mon blog : http://www.bible-parole-et-paroles.com/2017/11/le-fils-de-l-homme.html

Michel-Ange (1475-1564), La création d'Adam, voûte de la Chapelle Sixtine (Photo Wikimedia Commons)

Michel-Ange (1475-1564), La création d'Adam, voûte de la Chapelle Sixtine (Photo Wikimedia Commons)

Ici Jésus, répond à la place des disciples qui auraient dû être seuls concernés. Jésus serait-il le nouveau David ? (Cf. versets 25 et 26) ce qu’il a refusé d’être (Cf. l’article « Fils de David » : http://www.bible-parole-et-paroles.com/2015/07/fils-de-david.html).

D’autre part, le verset 28 est en lien logique de conséquence (« Voilà pourquoi ») avec le verset précédent : le sabbat a été créé pour l’homme et l’homme en serait donc le maître. Le contexte évoquant la création porterait à attribuer à Fils de l’homme le sens de Fils d’Adam possible dans l’AT : le sabbat a été fait pour Adam (l’homme, l’humain, le terrien) et Adam ou ses fils ont liberté de discernement sur son application comme les premiers humains avaient pouvoir sur la création (Gn 1, 28) car créés à l’image et à la ressemblance de Yhwh (Gn 1, 27). Ce n’est sans doute pas pour rien que Marc commence son évangile par le mot grec archè – commencement - qui est aussi celui qui ouvre la bible : commencement du texte de son évangile mais aussi inauguration du nouvel âge de la bonne nouvelle de Jésus. Pour Marc, Jésus propose un retour aux sources, c’est aussi le sens qu’il donne à son baptême (cf. article « Archè » : http://www.bible-parole-et-paroles.com/2014/12/arche.html)

Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat.(27) Cette position de Marc aura pu paraître hardie quelques décennies plus tard et Luc et Matthieu supprimeront le verset 27 qui explicite le sens du verset 28. Ce contexte différent leur permet de garder l’image de « Fils de l’homme » que Jésus utilise habituellement pour se désigner à la troisième personne.

L'homme à la main sèche

L'homme à la main sèche

Guérison d’un homme à la main sèche

Mc 3, 1-6

Mt 12, 9-14

Lc 6, 6-11 et 14, 1-6

 

Les deux récits de Luc sont voisins ; dans le premier, Luc raconte la guérison d’un homme à la main sèche le jour du sabbat dans une synagogue et suit de près le texte de Marc; dans le second, il est question de la guérison d’un homme hydropique lors du sabbat mais chez un chef des pharisiens et Jésus se justifie (Lc 14, 4-6) comme en Mt 12, 11. Chez Luc, il y a aussi la guérison d’une femme courbée le jour du sabbat (Lc 13, 10-17) avec la même justification qu’en Lc 14, 4-6 et Mt 12, 11. Dans ces deux cas, Jésus justifie sa guérison par le fait que la loi autorise de rompre le sabbat quand il y a danger de mort pour un animal tombé par exemple dans un puits : une seule brebis a fortiori un homme (Mt 6, 11-12) , un fils ou un bœuf (Lc 14, 5).

Ici encore Matthieu (comme Lc 14, 3) cherche à éviter de montrer Jésus en choc frontal avec la loi : ce sont les gens de la synagogue qui posent la question Est-il permis de guérir le jour du sabbat ? La polémique se concentre sur la liberté de rompre le sabbat comme dans la péricope précédemment étudiée même s’il élargit ensuite le débat : par conséquent il est permis de faire une bonne action le jour du sabbat (Mt 12, 12)

 

1. Il entra de nouveau dans une synagogue, et il y avait là un homme qui avait la main desséchée.

2. Et ils l'épiaient pour voir s'il allait le guérir, le jour du sabbat, afin de l'accuser.

3. Il dit à l'homme qui avait la main sèche : « Lève-toi, là, au milieu. »

4. Et il leur dit : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien plutôt que de faire du mal, de sauver une vie plutôt que de la tuer ? » Mais eux se taisaient.

5. Promenant alors sur eux un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur cœur, il dit à l'homme : « Étends la main. » Il l'étendit et sa main fut remise en état.

6. Étant sortis, les Pharisiens tenaient aussitôt conseil avec les Hérodiens contre lui, en vue de le perdre. (Mc 3, 1-6)

 

Encore une fois Marc 3, 4, suivi par Lc 6, 9, se distingue : c’est Jésus qui pose la question. Il emploie même un mot plus violent (plutôt que de la tuer) que Lc (perdre). Chez Marc, c’est Jésus qui a l’initiative du débat et qui le place d’emblée dans une perspective d’un retour aux sources comme dans la péricope précédemment étudiée : le sabbat a été conçu par le Créateur pour faire du bien à l’homme, pour sauver la vie et non la tuer. Voilà comment Jésus se situe par rapport à la loi : lorsque nous obéissons à des prescriptions, développons-nous la mort ou la vie, poursuivons-nous ou non l’œuvre créatrice de vie du Père ou non ?

Pour les pharisiens, le sabbat représente avant tout un marqueur identitaire tandis que Jésus y voit plutôt la volonté divine que l’homme soit sauvé.

A l’attitude de Jésus créatrice de vie (sa main fut remise en état, Mc 3, 5) s’oppose l’attitude mortifère des pharisiens (en vue de le perdre, Mc 3, 6).

Il était possible de déroger au sabbat en cas de danger de mort ; Jésus ne se place pas dans cette perspective d’urgence ou pas ; il place au-dessus de toute loi, celle de faire le bien en toute circonstances : « ne pas faire » n’est pas neutre et équivaut ici à faire le mal. C’est la réalité présente qui doit guider le discernement.

 

« Jésus attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse. » (Amoris Laetitia, n° 308)

Mikveh (bain rituel juif), 12° s., Speyer (Allemagne)

Mikveh (bain rituel juif), 12° s., Speyer (Allemagne)

Le pur et l’impur

Mc 7, 1-23

Mt 15, 1-20

 

Nous partagerons le texte de Marc en trois parties qui sont délimitées par le texte même :

1) Controverse avec les scribes et les pharisiens (1-13) ;

2) Reprise de l’explication devant la foule (14-16) ;

3) Reprise de l’explication devant les disciples (17-23)

(Les couleurs relient des passages faisant l’objet de remarques particulières. Trad. Bible de Jérusalem).

 

1. 

Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblèrent auprès de lui,

2. 

et voyant quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées -

3. 

les Pharisiens, en effet, et tous les Juifs ne mangent pas sans s'être lavé les bras jusqu'au coude, conformément à la tradition des anciens,

4. 

et ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s'être aspergés d'eau, et il y a beaucoup d'autres pratiques qu'ils observent par tradition : lavages de coupes, de cruches et de plats d'airain -,

5. 

donc les Pharisiens et les scribes l'interrogent : « Pourquoi tes disciples ne se comportent-ils pas suivant la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures ? »

6. 

Il leur dit : « Isaïe a bien prophétisé de vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit : Ce peuple m'honore des lèvres ; mais leur cœur est loin de moi.

7. 

Vain est le culte qu'ils me rendent, les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes humains.

8. 

Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. »

9. 

Et il leur disait : « Vous annulez bel et bien le commandement de Dieu pour observer votre tradition.

10. 

En effet, Moïse a dit : Honore ton père et ta mère, et : Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort.

11. 

Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Je déclare korbân c'est-à-dire offrande sacrée les biens dont j'aurais pu t'assister,

12. 

vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère

13. 

et vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous vous êtes transmise. Et vous faites bien d'autres choses du même genre. » (Mc 7, 1-13)

 

Cette controverse traite des problèmes de pureté si importants dans la vie des juifs. Dans le chapitre 5 il est question d’une femme victime d’un écoulement de sang, donc impure, guérie par simple contact avec le vêtement de Jésus (5, 21-34 cf. http://www.bible-parole-et-paroles.com/2015/02/talitha-koum.html) Jésus s’aperçoit de cette puissance de guérison émanant de lui (Mc 5, 30). Guéris furent de même, en touchant la tresse de son vêtement, les infirmes qui se pressaient partout où il passait (Mc 6, 56). En Mc 6, 35-44, il multiplie les pains et les poissons pour cinq mille personnes ; sans doute n’y avait-il pas beaucoup d’eau dans ce lieu désert à part (Mc 6, 32) pour permettre la purification rituelle pônée par les scribes et les pharisiens ! En fait, ces prescriptions faisaient partie de la Torah orale, codifiée plus tard dans la Mishnah, simple tradition humaine mais jouissant du prestige d’autorité des anciens, ne faisant pas partie de la Loi mosaïque qui n’imposait le lavage des mains qu’aux prêtres dans le service du temple. Les pharisiens cherchaient à les imposer d’autant plus qu’elles représentaient un « marqueur de frontière » dans une population occupée tentée par le multiculturalisme.

Le lavage des mains s’étend à celui des ustensiles ménagers susceptibles eux-aussi de contacts impurs. Marc fait aussi allusion à beaucoup d’autres pratiques traditionnelles (4, 13) dont il souligne le caractère de simple tradition humaine qui prend le pas sur la Loi de Dieu transmise par Moïse (8, 9, 13).

A l’appui de son argumentation il cite Is 29, 13 qui en contient le fondement. Cette pureté de la « frontière » - les lèvres – encourage les apparences hypocrites qui sont désolidarisées de ce qui fait réellement le cœur d’un homme (6). Marc, une fois encore, préconise le retour à la Loi primordiale, celle instituée par Dieu Créateur, qui définit l’anthropologie humaine, à l’opposé de discours institutionnels humains qui deviennent périphériques. Tout le reste du développement vient conforter cette idée. De mettre de côté (8) la Tradition en arrive même à annuler le commandement divin (9).

En fait le décalogue ne prescrivait que d’honorer son père et sa mère (Ex 20, 12) et si Jésus rappelle, les développements mosaïques de la Loi (Ex 21, 17 et Lv 20, 9), la punition de mort pour celui qui répudie ses parents, ce n’est pas, bien sûr pour défendre la peine de mort qui lui répugne (Cf. l’épisode de la femme adultère Jn 8, 1-11), mais pour souligner l’importance de ce commandement. Là encore des traditions humaines non écrites « dispensaient de peine » les fils qui, plutôt que d’aider leurs parents, consacraient leur argent à des offrandes sacrées au temple (Korban) - sous-entendu ici - dans un but purificatoire. Ainsi, pour Jésus, cette obsession de la pureté qui devrait conduire à renouer avec la pureté originelle, ne conduit plus en fait, sous les injonctions de traditions humaines, qu’à oublier ou même à annuler cette anthropologie humaine voulue par le Créateur et dont certains grands principes sont révélés dans le décalogue.

Mikveh (bain rituel juif), 13° s., Montpellier.

Mikveh (bain rituel juif), 13° s., Montpellier.

14. 

Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait : « Écoutez-moi tous et comprenez !

15. 

Il n'est rien d'extérieur à l'homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. (Mc 7, 14-15)

 

Le versets 14 suppose qu’un attroupement s’est créé à l’occasion de cette discussion qu’on devine très vive avec les pharisiens et scribes. Le verset 15 marque de façon très synthétique le résumé de l’argumentation passée et de celle à venir. On retrouve cette même volonté de synthétiser dans une seule phrase pour que la foule retienne le propos par exemple chez le Pape François.

 

17. Quand il fut entré dans la maison, à l'écart de la foule, ses disciples l'interrogeaient sur la parabole.

18. Et il leur dit : « Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l'homme ne peut le souiller,

19. parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s'en va aux lieux d'aisance » ainsi il déclarait purs tous les aliments.

20. Il disait : « Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme.

21. Car c'est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres,

22. adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison.

23. Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l'homme. » (Mc 7, 17-23)

 

Les disciples, comme souvent, après de tels développements, ont le droit à quelques « éléments de langage » supplémentaires pour ouvrir leur intelligence et celle de leurs futurs interlocuteurs puisque Jésus a commencé à les envoyer deux par deux (Mc 6, 7). Le mot parabole désigne ici en fait un langage énigmatique.

Il reprend la thématique de l’absence de souillure venant par la bouche puisque tout ce qui pénètre dans le corps est destiné in fine aux lieux d’aisance (18 – 19).

Par contre la mention (à la 3ème personne) ainsi il déclarait purs tous les aliments (19) semble ajoutée ultérieurement par souci de répondre aux préoccupations des premières communautés chrétiennes quant à la nécessité ou non de suivre la loi juive. Matthieu dans le passage parallèle (Mt 15, 17) ne la reprend d’ailleurs pas. Il n’était jusqu’à présent question que de lavage des mains, des ustensiles de cuisine. On peut aussi de la même façon envisager une nourriture contaminée par contact mais Jésus ne se préoccupait pas de l’impureté intrinsèque de certains aliments définis dans la Torah écrite (Lv 11 et Dt 14).

Dans cette dernière intervention auprès des disciples, Jésus est soucieux de détailler ce qui sort de l’homme et le souille. Les listes de vices ou de vertus sont un genre bien connu dans les épîtres et l’Apocalypse. Pour bien montrer que c’est dans le cœur humain que tout se joue la traduction « desseins pervers » est bonne car elle met en relief les sens des mots grecs dialogismos (raisonnement calculé) et ponèros (ce qui est atteint de malignité). Cette pourriture du cœur, voilà bien la véritable impureté, qui sort en se traduisant en mauvaises choses qui atteignent notre intégrité et celle des autres. Cette perversité est à la source même de l’hypocrisie qui dissimule le mal sous une apparence de bien.

Luc ne traite pas cet épisode. On peut cependant relever ce passage qui rappelle l’importance du cœur : L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur (Lc 6, 45)

Matthieu 15, 1-20 reprend le texte de Mc 7, 1-23 sauf les versets 2-4. Refusant toute généralisation, il omet Et vous faites bien d'autres choses du même genre (Mc 1,13) et se cantonne à ce qui entre dans la bouche ou en sort (Mt 15, 11) là où Marc s’attache à ce qui pénètre en l’homme ou en sort (Mc 7, 15). Oubliant ses interlocuteurs initiaux, Marc développe une argumentation qui s’adresse à tous les hommes tandis que Matthieu semble la réserver à l’adresse des pharisiens (Mt 15, 12-14).

Mt 15, 15-20 reprend ensuite Mc 7, 17-23 de très près mais avec toujours cette restriction que les échanges entre extérieur et intérieur passent chez lui par la bouche.  A la différence aussi de Marc, Matthieu conclut de manière inclusive en revenant aux mains non lavées : Voilà les choses qui souillent l'homme ; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille pas l'homme (Mt 15, 20).

On peut donc encore constater que Matthieu essaie de cantonner la controverse sur le pur et l’impur dans le domaine des prescriptions alimentaires dans un affrontement avec les scribes et les pharisiens. Il cherche de nouveau à gommer ce qui pourrait sembler une remise en cause profonde de la Loi par Jésus tandis que Marc élargit le débat à un approfondissement de l’anthropologie humaine en revenant aux sources. Qu’est-ce qui constitue le cœur de l’homme tel que conçu par son Créateur et quelles implications cela peut-il avoir sur sa vie ?

D’un cœur pur selon Dieu, du Fils de l’Homme, émane une force de vie dont ceux qui la touchent, même à travers un vêtement, tirent la faculté d’être guéris :

Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l'avaient reconnu parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l'on apprenait qu'il était. Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. (Mc 6, 54-56)

Le jeune homme riche

Le jeune homme riche

Le jeune homme riche

Mc 10, 17-31

Mt 19, 16-30

Lc 18, 18-30

 

17. Il se mettait en route quand un homme accourut et, s'agenouillant devant lui, il l'interrogeait : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »

18. Jésus lui dit : « Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est bon que Dieu seul.

19. Tu connais les commandements : Ne tue pas, ne commets pas d'adultère, ne vole pas, ne porte pas de faux témoignage, ne fait pas de tort, honore ton père et ta mère. »

20. - « Maître, lui dit-il, tout cela, je l'ai observé dès ma jeunesse. »

21. Alors Jésus fixa sur lui son regard et l'aima. Et il lui dit : « Une seule chose te manque : va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis, viens, suis-moi. »

22. Mais lui, à ces mots, s'assombrit et il s'en alla contristé, car il avait de grands biens.

23. Alors Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui ont des richesses d'entrer dans le Royaume de Dieu ! »

24. Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprit et leur dit : « Mes enfants, comme il est difficile d'entrer dans le Royaume de Dieu !

25. Il est plus facile à un chameau de passer par le trou de l'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu ! »

26. Ils restèrent interdits à l'excès et se disaient les uns aux autres : « Et qui peut être sauvé ? »

27. Fixant sur eux son regard, Jésus dit : « Pour les hommes, impossible, mais non pour Dieu : car tout est possible pour Dieu. »

28. Pierre se mit à lui dire : « Voici que nous, nous avons tout laissé et nous t'avons suivi. »

29. Jésus déclara : « En vérité, je vous le dis, nul n'aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l'Évangile,

30. qui ne reçoive le centuple dès maintenant, au temps présent, en maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.

31. Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers. » (Mc 10, 17-31)

 

Les différences entre les trois évangiles synoptiques sont minimes mais certaines sont tout de même révélatrices. Mt, sauf dans certains manuscrits, apparaît réticent à l’interpellation de Jésus comme bon maître qui n’est pas une appellation usuelle pour les rabbis. Il remplace le texte de Mc par une pirouette un peu alambiquée : Et voici qu'un homme s'approcha et lui dit : « Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle ? » Il lui dit : « Qu'as-tu à m'interroger sur ce qui est bon ? Un seul est le Bon. (Mt 19, 16-17)

Sans doute Mt est-il gêné de faire refuser à Jésus le qualificatif de bon (17-18) qui effectivement s’adresse à Dieu seul, mais Jésus n’est-il pas pour lui le Fils de Dieu ? D’autre part ce qualificatif bon et le fait que cette personne s’agenouille pourraient montrer qu’elle souhaite se mettre dans les bonnes grâces du maître.

Chez Mt l’homme riche est jeune (Mt19, 20) et chez Lc c’est un notable (Lc 18, 18). L’imprécision de Mc, quelqu’un (17), est sans doute là pour montrer que tous nous sommes concernés par l’appel de Jésus, ce que semble suggérer également regardant autour de lui (23).

Jésus rappelle dans le désordre quelques éléments du décalogue (Ex 20, 13-15) résumant les derniers à ne fais pas de tort, ce que Mt résume très à propos par tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 19, 19). Cet homme a obéi à ces commandements, ses richesses sont dans le contexte vétérotestamentaire le signe de la bénédiction divine en retour (Lv 26, 3-10 ; Dt 28, 2-6 …). Les riches ne sont condamnés que s’ils exploitent les pauvres (Am 5, 11 ; 8, 4-6 …). Mais pour Jésus la richesse elle-même fait obstacle à l’entrée dans le Royaume. Il propose d’abandonner le confort des richesses et du respect strict de la Torah, une mise en mouvement (va, viens), comme une nouvelle naissance dans le vide (ce que tu as vends-le) et le cheminement (suis-moi), à travers le trou de l’aiguille vers le trésor du Royaume de Dieu. Ce Royaume, nous le connaissons dès ici-bas, son trésor est là au fond de nos cœurs (Cf. http://www.bible-parole-et-paroles.com/2015/11/le-royaume-est-deja-la.html ) :

« Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel : là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur. » (Mt 6, 19-21)

L'homme bon, de son bon trésor tire de bonnes choses ; et l'homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises. (Mt 12, 35)

 

Dans le passage parallèle de Marc, Matthieu suggère que Jésus s’adresse aux personnes qui, en désir de perfection, veulent rajouter des exigences par rapport à la Torah : « Si tu veux être parfait » (Mt 19, 21). Il le fait pareillement dans ce qu’on appelle faussement les « antithèses » (« vous avez entendu … moi je vous dis … Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » ; Mt 5, 17-48). L’attitude des pharisiens nous en montre les dangers. Mais pour Jésus il manque quelque chose à la Torah - Une seule chose te manque (21) – Il s’adresse à tous à travers cet homme riche parce que nous sommes tous riches de quelque chose. Les disciples le perçoivent bien qui étaient stupéfaits de ces paroles (24), restèrent interdits à l’excès : qui peut être sauvé ? (26). Et pourtant ils avaient déjà pas mal donné (28) !

Rembrandt (1606-1669), Visage de Christ. Photo Wikimedia commons

Rembrandt (1606-1669), Visage de Christ. Photo Wikimedia commons

Le regard de Jésus se fait perçant : Fixant sur eux son regard (27) - Jésus fixa sur lui son regard et l’aima (21) – mais c’est un regard d’amour ; il vient apporter l’espérance : tout est possible pour Dieu (27).

Pour Jésus les richesses ne sont pas le vrai problème. Comme l’homme qui part en voyage, Jésus encourage à faire fructifier les talents qui nous ont été confiés mais ceux-ci ne nous appartiennent pas (Mt 25, 14-30)

Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire. (Lc 17, 10).

Serviteurs comme Adam : Et le Seigneur Dieu prit l’homme et le déposa dans le jardin d’Eden pour le travailler et le garder (Gn 2, 15).

Qui t’a appris que tu es nu ? As-tu mangé de l’arbre dont je t’ai donné l’ordre de ne pas manger ? (Gn 3, 11)

Regard décapant de Jésus qui nous renvoie à notre nudité intérieure derrière le pagne de nos convoitises.

Lucas Cranach l'Ancien (1472-1553), Adam et Eve (Photo Wiki Commons)

Lucas Cranach l'Ancien (1472-1553), Adam et Eve (Photo Wiki Commons)

Comme Jésus le suggère à l’homme riche dans son regard d’amour, il faut reconnaître la nudité de notre créature, se dépouiller du confort des possessions qui masquent notre vide existentiel pour recevoir le centuple dès maintenant à la suite de Jésus dans un Royaume où les valeurs sont renversées (31) :

Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers

Marc Chagall (1887-1977), Moïse recevant les tables de la Loi (Musée Marc Chagall de Nice, Photo Wiki Commons)

Marc Chagall (1887-1977), Moïse recevant les tables de la Loi (Musée Marc Chagall de Nice, Photo Wiki Commons)

Le premier commandement

Mc 12, 28-34

Mt 22, 34-40

Lc 10, 25-28

 

28. Un scribe qui les avait entendus discuter, voyant qu'il leur avait bien répondu, s'avança et lui demanda : « Quel est le premier de tous les commandements ? »

29. Jésus répondit : « Le premier c'est : Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur,

30. et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force.

31. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

32. Le scribe lui dit : « Fort bien, Maître, tu as eu raison de dire qu'il est unique et qu'il n'y en a pas d'autre que Lui :

33. l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force, et aimer le prochain comme soi-même, vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices. »

34. Jésus, voyant qu'il avait fait une remarque pleine de sens, lui dit : « Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu. » Et nul n'osait plus l'interroger. (Mc 12, 28-34)

 

Cette péricope prend place après celle avec les sadducéens concernant la résurrection des morts. Cette fois-ci, c’est un des scribes qui s’approche de Jésus (un pharisien chez Mt 22, 34), voyant qu’il avait bien répondu (contrairement aux scribes et aux pharisiens les sadducéens ne croyaient pas à la résurrection des morts). Le dialogue à vocation didactique est curieux dans la mesure où c’est Jésus qui répond à la question concernant le premier commandement (chez Mt et Mc) et c’est le questionneur qui félicite le maître et approuve la réponse !

Jésus reprend d’abord Dt 6, 4-5, le fameux Schema (29) que tout Israélite est tenu de réciter matin et soir, s’inscrivant ainsi dans la plus pure tradition. Le cœur est le principe de la vie sensible, intellectuelle et morale. L’âme désigne la vie, celle à laquelle on peut renoncer par amour (Mc 8, 35-37). Marc ajoute ici de tout ton esprit (et à sa suite Mt et Lc) qui désigne la clairvoyance de l’intelligence. De toute ta force marque la volonté agissante des trois précédents.

Jésus ajoute ensuite le second commandement de Lv 19, 18. Cette association ne se retrouve nulle part dans l’AT mais est une idée du judaïsme hellénistique (Focant p. 462 et 464, cf. bibliographie). Jésus met ces deux commandements sur le même plan : Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là. Ils représentent l’archétype d’une anthropologie de base qui associe une transcendance de type monothéiste (tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, l’unique) et la version positive du « ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. »

Le scribe approuve, reprend en les résumant les deux commandements et ajoute que cela vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices

Cette affirmation surprend dans la bouche d’un scribe. Mais sans doute existait-il des courants différents tant chez les pharisiens que chez les scribes. Et l’attitude de Jésus à leur égard n’est pas aussi uniforme qu’on le laisse supposer habituellement. Ici Jésus constate que le scribe avait fait une remarque pleine de sens et qu’il n’est pas loin du Royaume de Dieu. Assurément, comme le paragraphe précédent le montrait, il faut un peu plus que des affirmations honorables pour en faire partie.

La supériorité de l’amour sur le culte sacrificiel est particulière à ce texte. On la retrouve en Os 6, 6 : Je veux la fidélité, non le sacrifice, la connaissance de Dieu plus que les holocaustes.

La nécessité d’une attitude intérieure juste dans l’offrande des sacrifices se retrouve aussi ailleurs (1 S 15, 22 ; Ps 51, 18-19 ; Is 1, 11) :

Accomplir la justice et le droit plaît au Seigneur plus que le sacrifice. (Pr 21, 3)

 

Jésus respectait et pratiquait la ritualité du temple. Selon Matthieu il ne voulait pas plus supprimer la Loi :

Ne pensez pas que je sois venu supprimer la loi de Moïse et l’enseignement des prophètes. Je ne suis pas venu pour les supprimer mais pour leur donner tout leur sens. (Mt 5, 17)

 

En cela Matthieu s’oppose à Marc qui est conscient que la tradition humaine des anciens a fini par se couper des fondements de la Loi :

Vous annulez bel et bien le commandement de Dieu pour observer votre tradition. (Mc 7, 9)

Personne non plus ne met du vin nouveau dans de vieilles outres : le vin ferait crever les outres, il serait perdu et les outres aussi. Au vin nouveau, il faut des outres neuves. (Mc 2, 22, controverse à propos des disciples qui ne jeûnent pas. Cf. http://www.bible-parole-et-paroles.com/2015/03/jeune-et-vin-nouveau.html )

 

Jésus donnait son interprétation de la Loi en se référant à l’anthropologie humaine telle qu’elle peut s’interpréter à partir de la création ou du décalogue. Il voulait aussi que les principes fondamentaux d’éthique qu’il mettait en valeur se définissent et trouvent leur application dans une confrontation continuelle à la réalité des situations et des personnes loin des interprétations sclérosées et totalitaires des élites religieuses de son époque.

Il ne se faisait pas d’illusion sur l’avenir du Temple, de ses prescriptions, de ses rites au service d’une pureté de façade.

Comme il quittait le Temple, un de ses disciples lui dit :

- Maître ! regarde donc ces pierres ! ces monuments !

- Tu admires ces grands monuments ? répondit Jésus. Il n’en restera rien.

- Pas une pierre ne sera laissée sur l’autre.

(Mc 13, 1-2)

 

Fils de l’Homme, Jésus voulait exalter en lui-même et en chacun le fondement de l’Humain tel que voulu par le Créateur, à son image ; chemin de renoncement à nos velléités de propriétaires, chemin de libre discernement où le Christ fixe son regard sur nous en nous interrogeant, et en nous aimant :

Tout est possible pour Dieu !

 

 

Dans un troisième volet, nous essaierons d’appliquer cette grille de lecture que nous venons de dégager à la controverse concernant le divorce (Mc 10, 1-12)

Marc Chagall (1887-1977), Le paradis (Musée Marc Chagall de Nice, Photo Wiki Commons)

Marc Chagall (1887-1977), Le paradis (Musée Marc Chagall de Nice, Photo Wiki Commons)

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