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Messe grégorienne de la Pentecôte

Veni Creator Spiritus

 

Viens Esprit Créateur …

 

Ces premières paroles de l’hymne célèbre des Vêpres de la Pentecôte, dont nous parlerons aussi, placent immédiatement cette fête sous le signe de la dynamique d’un souffle initiant et animant la Création toute entière.

 

Les premières communautés chrétiennes célébraient la résurrection pendant cinquante jours, du dimanche de la Résurrection à celui de la Pentecôte qui en étaient les deux pôles. L’ascension se rattachait à ce cycle sans être fêtée particulièrement. Elles firent coïncider la venue de l’Esprit Saint promis aux apôtres avec la Pentecôte, fête juive qui elle-même marquait, cinquante jours après la célébration de Pessah (Pâque), l’offrande de la nouvelle récolte à Dieu maître de la fécondité et du sol. Belle image pour la venue de l’Esprit qui féconde une nouvelle création !

 

Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre était vague et vide, les ténèbres couvraient l’abîme, le souffle de Dieu tournoyait sur les eaux (Gn 1, 1-2, Trad. BJ)

 

Le mot hébreu féminin rouah qui est traduit le plus habituellement dans le grec de la Septante par esprit (pneuma), vent (anemos), souffle, haleine (pnoê) désigne surtout une force, un dynamisme, une puissance. Ce peut être le vent, ou de manière plus imagée, ce qui met l’homme en mouvement, le fait d’exister et agir. C’est la rouah de Dieu qui, comme au premier jour, impulse le processus de création continuelle auquel l’Homme est associé.

Il était interdit aux hébreux de représenter Yahvé avec des images et ce sont avant tout les manifestations concrètes de sa rouah agissante qui sont perceptibles et transmises dans les textes : Le souffle peut être ténu (« le bruit d’une brise légère » pour Elie, 1 Rois 19, 9-15) ou se faire tempête (« un violent coup de vent » à la Pentecôte) … L’Esprit peut aussi apparaître sous la forme du feu (Episodes du Buisson ardent et de la remise des tables de la Loi à Moïse sur le Sinaï, langues de feu sur les apôtres à la Pentecôte) qui marque à chaque fois le signe de l’alliance de Dieu avec les hommes.

Le parfum de l’encens qui emplissait le temple de Jérusalem peut symboliser aussi la présence invisible de Dieu qui remplit l’univers, image reprise dans le Livre de la Sagesse (Sg 7, 25, voir ci-dessous) et par Saint Ephrem (IV° s.) :

« lorsqu’étaient réunis les bienheureux apôtres, en ce lieu un tremblement se fit, ainsi qu’un parfum de Paradis ».

 

Mais l’Esprit est aussi appelé à féconder le sein de la Vierge Marie selon la parole de l’ange :

« L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. » (Lc 1, 35)

 

Annonciation par Fra Angelico (1395-1455), Musée du Prado (photo Wikimedia commons)

Annonciation par Fra Angelico (1395-1455), Musée du Prado (photo Wikimedia commons)

L’Esprit qui apparaît sous la forme d’une colombe planant sur les eaux du Jourdain où le Fils reçoit le baptême de Jean et attestant du lien privilégié avec son Père :

 

Ayant été baptisé, Jésus aussitôt remonta de l'eau ; et voici que les cieux s'ouvrirent : il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. (Mt 13, 16)

 

Chez Matthieu et Marc Jésus promet l’aide de l’Esprit Saint à ses apôtres qu’il envoie en mission :

« Ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10, 20, Cf. Mc 13, 11)

 

Dans l’évangile de Jean, les circonstances de la Pentecôte ne sont pas celles décrites dans les Actes par Luc (Ac 2, 1-13) et c’est Jésus ressuscité qui apparaît aux apôtres et les envoie en mission en soufflant sur eux :

 

Il leur dit alors, de nouveau : « Paix à vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. (Jn 20, 21-22)

 

Auparavant Jean aura donné à cet Esprit une identification plus humaine, le « Paraclet » (paraklètos en grec, sans équivalent hébraïque), c'est-à-dire défenseur, consolateur, médiateur, auquel Jésus semble s’identifier, promettant de rester présent auprès de ses disciples :

 

« Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous à jamais, l'Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous et qu'il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. » (Jn 14, 16-18, Cf. aussi Jn 14, 25-26 ; Jn 15, 26 ; Jn 16, 7)

 

C’est sur une telle base que le concept de Trinité pourra ensuite se développer.

 

Souffle, esprit, feu, paraclet … autant d’images riches de sens magnifiées par les chants grégoriens de la Pentecôte pour évoquer cette force créatrice et protectrice.

Messe grégorienne de la Pentecôte

L’introït Spiritus Domini

 

C’est le Livre de la Sagesse qui fournit la matière du texte de l’Antienne d’Introït tandis que le verset psalmique est tiré du psaume 67.

Le Livre de la Sagesse est attribué au Roi Salomon. L’auteur est assurément un juif hellénisant qui l’a écrit vers le milieu du 1er siècle avant notre ère. La Sagesse, issue de Dieu, annonce la conception future de l’Esprit dans le nouveau Testament. Comme un parfum, elle est mobile et pénètre tout, « émanation toute pure de la gloire du Tout-puissant ».

 

22       En elle, la Sagesse, est, en effet, un esprit intelligent, saint,

unique, multiple, subtil, mobile, pénétrant, sans souillure,

clair, impassible, ami du bien, prompt,

23       irrésistible, bienfaisant, ami des hommes, ferme, sûr, sans souci,

qui peut tout, surveille tout, pénètre à travers tous les esprits,

les intelligents, les purs, les plus subtils.

24       Car plus que tout mouvement la Sagesse est mobile ;

elle traverse et pénètre tout à cause de sa pureté.

25       Elle est en effet un effluve de la puissance de Dieu,

une émanation toute pure de la gloire du Tout-Puissant;

aussi rien de souillé ne s'introduit en elle.

26       Car elle est un reflet de la lumière éternelle,

un miroir sans tache de l'activité de Dieu, une image de sa bonté.

27       Bien qu'étant seule, elle peut tout, demeurant en elle-même,

elle renouvelle l'univers et, d'âge en âge passant en des âmes saintes,

elle en fait des amis de Dieu et des prophètes …

8  1     Elle s'étend avec force d'un bout du monde à l'autre

et elle gouverne l'univers pour son bien.

(Sg 7, 22-27 et 8, 1)

 

Lien vers la traduction liturgique du Livre de la Sagesse : http://www.aelf.org/bible/Sg/1

 

En plus du verset psalmique d’introït (v. 2) le psaume 67 (Hb 68) fournit aussi le texte de l’offertoire (v. 29 et 30). C’est un hommage rendu à Yhwh à l’occasion d’une délivrance récente (probablement le retour de l’exil de Babylone) mais aussi une demande de parfaire son action qui sera comprise par les chrétiens comme une attente eschatologique. Ce psaume en l’honneur du Dieu victorieux était d’ailleurs chanté lors de la Pentecôte juive et il connaît une utilisation importante dans la liturgie chrétienne.

Saint Paul retiendra de ce psaume 67 le verset 19 :

 

A chacun d’entre nous, la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ. C’est pourquoi l’Écriture dit :

Il est monté sur la hauteur, il a capturé des captifs, il a fait des dons aux hommes.

 

Le texte appliqué au séjour de Moïse sur le Sinaï est transposé au Christ monté au ciel et donnant l’Esprit par les ministres de l’Eglise :

 

Que veut dire : Il est monté ? – Cela veut dire qu’il était d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. Et les dons qu’il a faits, ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent.  (Ep 4, 7-11)

 

Lien vers la traduction liturgique du psaume 67 : http://www.aelf.org/bible/Ps/67

Manuscrit d’Einsiedeln (début 11° s.), Codex 121, p. 255, Stiftsbibliotek (neumes au-dessus du texte)

Manuscrit d’Einsiedeln (début 11° s.), Codex 121, p. 255, Stiftsbibliotek (neumes au-dessus du texte)

Le texte de l’introït

 

Spiritus Domini replevit orbem terrarum, alleluia : et hoc quod continet omnia, scientiam habet vocis, alleluia, alleluia, alleluia. V/ Exsurgat Deus, et dissipentur inimici ejus : et fugiant, qui oderunt eum, a facie ejus.

 

L’esprit du Seigneur remplit l’univers, alleluia, et lui qui tient ensemble toutes choses, a connaissance de tout ce qui se dit, alleluia

V/ Que dieu se lève et que ses ennemis se dispersent ; que ceux qui le haïssent fuient devant sa face.

(Sagesse 1,7 et Ps 67, 2)

 

Il fait appel à Sagesse 1, 7 dont il reprend exactement la version de la Vulgate elle-même reflet fidèle de l’original grec.

Dans cette première pièce de la messe, nous trouvons l’allusion à l’Esprit du Dieu créateur qui infuse toute la création et en assure la cohérence et le maintien. Belle leçon d’écologie qui nous rappelle aussi la Pentecôte juive (voir ci-dessus) ! Mais ce verset a aussi le mérite de faire tout de suite une allusion à la voix qui rappelle les conséquences sur les apôtres de la venue de l’Esprit :

 

Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. Au bruit qui se produisit, la multitude se rassembla et fut confondue : chacun les entendait parler en sa propre langue. (Ac 2, 4 et 6)

 

Contrairement à ce qui se passa à Babel, la diversité des langues trouve son unité à travers le langage de l’Esprit.

Mais c’est par un glissement habile de sens pour servir le contexte liturgique de la Pentecôte que le compositeur de la pièce attribue à l’Esprit la capacité de l’expression pluri-linguistique. Dans le contexte de Sg 1, cette « connaissance de la voix » (mot à mot) est centrée sur le fait de comprendre les pensées tortueuses qui se cachent derrière les paroles des hommes et les éloignent de Dieu :

Nul ne saurait donc se dérober, qui profère des méchancetés, la Justice vengeresse ne le laissera pas échapper. Sur les desseins de l'impie il sera fait enquête, le bruit de ses paroles ira jusqu'au Seigneur, pour que soient châtiés ses forfaits. (Sg 1, 8-9)

 

Le verset psalmique (67, 2) prend le relais pour nous dire ce qui attend les impies :

Que dieu se lève et que ses ennemis se dispersent ; que ceux qui le haïssent fuient devant sa face.

Il est intéressant de savoir que le psalmiste s’est inspiré du chant qui, dans le Livre des Nombres, saluait le départ de l’arche sainte pour ses pérégrinations victorieuses à travers le désert :

 

Quand l'arche partait, Moïse disait :« Lève-toi, Yahvé, que tes ennemis se dispersent, que ceux qui te haïssent fuient devant toi ! » Et à l'étape, il disait : « Reviens, Yahvé, vers les multitudes des milliers d'Israël. (Nb 10, 35-36)

 

Cela retentit comme un véritable cri de guerre chez les chrétiens dès les premiers siècles dont les paroles inspirées par L’Esprit rencontrèrent de nombreux ennemis sur des routes considérées comme celles d’une conquête des nations ! Le compositeur de l’introït s’en fait ainsi l’écho.

Graduale triplex de Solesmes p. 252

Graduale triplex de Solesmes p. 252

La mélodie grégorienne de l’introït

 

« L'Introït retentit avec un éclat et une mélodie non pareils. Le chant grégorien s'élève rarement à un tel enthousiasme. » (Don Guéranger, L’année liturgique)

Le huitième ton dans lequel est composé l’introït est surnommé perfectus (parfait, abouti), d’une solennité sans pesanteur.

Le début est très doux commençant sur la triade ré-fa-la, tout se jouant ensuite entre le fa et le la. Les i de Spiritus et Domini sont ornés très finement et confèrent légèreté et vie à cette première incise. Sur la triade ré-fa-la se calque la triade fa-la-do de replevit qui mène vers la corde de récitation caractéristique du 8ème mode, ici ornée d’un et d’un mi. L’élan créateur se stabilise solidement ensuite sur le do, avec une tristropha (groupe de 3 mêmes notes appuyées) sur terrarum et une bivirga (deux mêmes notes consécutives sans appui particulier) sur la finale montrant la domination de l’Esprit sur l’orbis terrarum (mot à mot le disque des terres); la syllabe ra descendant au sol donne un peu de profondeur à cette vision. L’alleluia qui conclut cette première partie retrouve la tierce initiale fa-la avec un dessin musical semblable à celui de spiritus (fa-la-sol-sol-la).

Dans la deuxième partie, le fa initial sert de soubassement à la reprise de l’élan sur la quarte sol-do de hoc, caractéristique du mode, sur laquelle se déroule la première incise et que l’on retrouve sur les syllabes initiales de continet et omnia (avec un la en neume liquescente la-do, c'est-à-dire comme escamoté). La deuxième incise se maintient élevée sur le do avec de petits ornements sur le et le mi et deux tristropha sur scientiam (suivie ici d’un torculus la-si-la appuyé) et sur vocis. Vraiment l’Esprit du Seigneur apparaît dans sa souveraineté majestueuse.

Les trois alleluia terminaux reprennent la structure de la première partie :

Premier alleluia sur la tierce fa-la comme la première incise ; deuxième alleluia sur la triade fa-la-do comme la deuxième incise ; troisième alleluia calqué sur l’alleluia final de la première incise qui reprend lui-même le Spiritus initial.

La maîtrise du compositeur est parfaite pour évoquer l’élan créateur, la souveraineté de l’Esprit et la cohérence de son œuvre. La musique est entièrement au service du propos théologique, avec une sobriété qui ne dissimule pas une joyeuse contemplation elle aussi très contenue.

Le verset psalmique se déroule sur la corde do caractéristique du 8ème mode.

 

Interprétations :

-         par les moines bénédictins de Trior :

 https://www.youtube.com/watch?v=RnbiW5dbQBM

-         par les moines de Ligugé :

https://www.youtube.com/watch?v=LPko0Myl-TU

 

Vitrail de l'église de la Réconciliation à Taizé (par Frère Eric)

Vitrail de l'église de la Réconciliation à Taizé (par Frère Eric)

Alleluia Emitte Spiritum tuum

 

La messe de la Pentecôte comporte, comme les autres messes du Temps pascal, un deuxième Alleluia qui remplace le Graduel. C’est ici l’Alleluia Emitte Spiritum tuum dont le verset est issu du psaume 103 (Hb 104).

 

Le psaume 103

C’est une contemplation de la Création qui prend ses assises dans l’œuvre créatrice des origines (reprise poétique de Gn 1). Elle débouche sur le monde actuel qui reste ouvert au don divin (providence, grâce en termes chrétiens). Les images du vent et du feu, présentes dès le début, destinent évidemment ce psaume à illustrer liturgiquement la Messe de la Pentecôte :

 

Bénis Yahvé, mon âme. Yahvé, mon Dieu, tu es si grand ! Vêtu de faste et d'éclat,

drapé de lumière comme d'un manteau, tu déploies les cieux comme une tente,

tu bâtis sur les eaux tes chambres hautes; faisant des nuées ton char, tu t'avances sur les ailes du vent;

tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs un feu de flammes.

Tu poses la terre sur ses bases, inébranlable pour les siècles des siècles.

(Psaume 103, 1-5)

 

On y retrouve aussi la Sagesse divine :

Que tes œuvres sont nombreuses, Yahvé ! toutes avec sagesse tu les fis, la terre est remplie de ta richesse. (Ps 103, 24)

 

Le souffle créateur de Dieu continue de renouveler la terre :

Tu leur donnes, eux, ils ramassent, tu ouvres la main, ils se rassasient.

Tu caches ta face, ils s'épouvantent, tu retires leur souffle, ils expirent, à leur poussière ils retournent.

Tu envoies ton souffle, ils sont créés, tu renouvelles la face de la terre.

A jamais soit la gloire de Yahvé, que Yahvé se réjouisse en ses œuvres !

(Ps 103, 28-31)

 

Nous avons déjà évoqué au début la coïncidence de la venue de l’Esprit Saint avec la fête de Pentecôte juive. Celle-ci marquait, cinquante jours après la fête de la Pâque juive, c'est-à-dire la sortie d’Egypte, le renouvellement de l’Alliance avec Moïse sur le Sinaï qui prévoyait la célébration annuelle des prémices des moissons. On ne s’étonne pas alors de voir la Création célébrée dans son renouvellement à l’occasion de la Pentecôte chrétienne.

 

Tu célébreras la fête des Semaines, des premiers fruits, de la moisson des blés, et aussi la fête de la Récolte, à la fin de l’année. (Ex 34, 22)

 

Lien vers la traduction liturgique du psaume 103 : http://www.aelf.org/bible/Ps/103

 

Sur la fête juive de la Pentecôte : http://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2001/clb_011123.htm

Manuscrit de Saint-Gall (fin 9° s.), Codex 359, p. 117, Stiftsbibliotek. Au centre, l’Alleluia Emitte (les neumes sont au-dessus du texte)

Manuscrit de Saint-Gall (fin 9° s.), Codex 359, p. 117, Stiftsbibliotek. Au centre, l’Alleluia Emitte (les neumes sont au-dessus du texte)

Texte de l’Alleluia Emitte Spiritum tuum

 

Alleluia. Emitte Spiritum tuum, et creabuntur : et renovabis faciem terrae

Envoie ton esprit pour une nouvelle création, et tu renouvelleras la face de la terre. (Ps. 103, 30)

 

Il reprend le verset 30 du psaume 103 que nous venons d’évoquer en reproduisant fidèlement la version latine du psautier romain : verbe à l’impératif emitte (envoie) au lieu de emittes (tu enverras) dans les autres versions latines.

Il faut bien sûr avoir une lecture chrétienne de ce passage. La nouvelle création et le renouvellement sont ceux d’une conversion dans le cadre du baptême de l’Esprit promis par Jésus :

« Jean, lui, a baptisé avec de l'eau, mais vous, c'est dans l'Esprit Saint que vous serez baptisés sous peu de jours. » (Ac 1, 5)

Il [notre sauveur] nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l'Esprit Saint. (Tite 3, 5)

 

Mais nous restons aussi dans le cadre de l’évocation par l’introït de l’Esprit créateur de l’univers. La force de ces textes est de pouvoir se comprendre et chanter au sens propre et au figuré.

Graduale triplex de Solesmes, p. 252-253
Graduale triplex de Solesmes, p. 252-253

Graduale triplex de Solesmes, p. 252-253

La mélodie grégorienne de l’Alleluia « Emitte Spiritum tuum »

 

Elle est du 4ème mode, habituellement de caractère contemplatif, avec un ambitus limité ré-la avec seulement quatre excursions sur un si bémol ornemental. La quinte ré-la est constamment parcourue en montant et descendant avec de très nombreux sauts de tierce. Creabuntur, le mot le plus développé, en contient plusieurs : sol-mi, fa-ré, ré-fa, la-fa, sol-mi, ré-fa. Mi semble un degré fort pour poser la mélodie mais constamment remis en question coincé entre un fa très présent et un qui sert d’assise à l’élan. Tout ces éléments provoquent une sensation de long vol plané qui évoque peut-être celui de la colombe de l’Esprit ?

 

Interprétations :

-         par les moines de l’abbaye de Solesmes : https://www.youtube.com/watch?v=F8AytLlpKEk

-         Par la Schola Gregoriana Mediolanensis : https://www.youtube.com/watch?v=hhh2zpBcJOI

-         Par une voix soliste (texte musical restitué avec de petites différences mais belle interprétation) : https://www.youtube.com/watch?v=LyT1xsXUPx0

Pentecôte, vitrail de Joseph Villiet (1823-1877), église Saint-Nicolas de Nérac (47). (Photo Wikimedia commons)

Pentecôte, vitrail de Joseph Villiet (1823-1877), église Saint-Nicolas de Nérac (47). (Photo Wikimedia commons)

Manuscrit de Saint-Gall (11° s.), Codex 376, p. 296. Stiftsbibliotek (neumes au-dessus du texte)

Manuscrit de Saint-Gall (11° s.), Codex 376, p. 296. Stiftsbibliotek (neumes au-dessus du texte)

Alleluia Veni Sancte Spiritus

 

Alleluia. Veni Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium : et tui amoris in eis ignem accende.

Alleluia. Viens, Esprit Saint, remplis les cœurs de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour.

 

On retrouve la première phrase de ce deuxième Alleluia dans la séquence-prose qui suit :

Veni sancte Spiritus du verset 1

Reple tuorum corda fidelium du verset 5 légèrement modifié

La troisième phrase Et tui amoris in eis ignem accende s’inspire librement du verset 2 de l’hymne Veni Creator. Le feu de l’Esprit rappelle bien sûr ces langues de feu qui se posèrent sur chacun des disciples à la Pentecôte (Ac 2, 3). Amour et feu font bon ménage dans la bible (et en poésie !) :

 

Tous les Israélites, voyant le feu descendre et la gloire de Yahvé reposer sur le Temple, se prosternèrent face contre terre sur le pavé ; ils adorèrent et célébrèrent Yahvé « car il est bon, car éternel est son amour. » (2 Ch 7, 3)

Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras. Car l'amour est fort comme la Mort, la passion inflexible comme le Shéol. Ses traits sont des traits de feu, une flamme de Yahvé. (Ct 8, 6)

Graduale triplex de Solesmes p. 253.

Graduale triplex de Solesmes p. 253.

La mélodie grégorienne de l’Alleluia Veni Sancte Spiritus

 

C’est un encore un profond recueillement qui prédomine dans cet Alleluia très célèbre. Cette intériorité est typique du deuxième mode et se caractérise ici par une mélodie ramassée qui se développe en déroulements successifs par degrés conjoints où quelques tierces, la plupart mineures, mettent un peu d’espace ou d’élan (ce qui entraîne nombre de si bémol). Deux tierces majeures mi-do (sur Spiritus et in sont bâties sur des porrectus (mi-do-ré) avec épisème (appui noté par un tout petit trait en fin de graphie du neume) sur la note finale , corde principale omniprésente. Cela donne un certain caractère plaintif aux élans successifs (protase) de la supplication qui retombe (apodose) toujours, comme dans une introversion, sur le . L’Esprit que l’on implore n’est-il pas déjà infusé au fond de soi par la grâce du baptême ?

Nous avons dit que les paroles du début de cet Alleluia renvoient à la Prose. Il en est de même pour les mélodies du début de l’Alleluia (1ère incise) et de veni calquées sur celle de Veni Sancte Spiritus : do-ré-mi-fa-mi-ré-do-ré. En fait il faudrait plutôt dire le contraire : à l’origine la prose était un développement en certaines circonstances de l’Alleluia. On l’appelait d’ailleurs aussi séquence (du latin sequi ou sequere suivre).

Le mot amoris est le plus mélismatique et forme avec et tui deux montées (protases) et descentes (apodoses) successives entre mi et si bémol où l’on reconnaît un même dessin musical mi-sol-la-si b-la-sol-fa-ré-mi-fa-mi-ré-do-ré. On notera ces petites remontées très expressives de la mélodie en fin de descente avec une supplémentaire à la fin de amoris : do-ré-mi-fa-mi, reprise partielle du thème de alleluia et veni.

Ainsi mis en valeur amoris est assurément le mot principal : L’Esprit est Esprit d’amour, signe de la Nouvelle Alliance.

 

L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné. (Rm 5, 5). C’est d’ailleurs le texte de l’introït de la messe de la Vigile de la Pentecôte (Caritas Dei diffusa est)

 

Interprétations :

-         Par les moines et moniales des abbayes bénédictines du Bec Hellouin : https://www.youtube.com/watch?v=s4-M4Lo_-OI

-         Par les moines bénédictins de l’abbaye de Ligugé : https://www.youtube.com/watch?v=tiV99-4UIuc

-         Par une voix soliste (avec défilement de la partition) : https://www.youtube.com/watch?v=uHGIWqeePO8

Pentecôte, vitrail de Louis Balmet (1876-1957, chapelle Notre-Dame de Lambader en Plouvorn (29). (photo Wikimedia commons)

Pentecôte, vitrail de Louis Balmet (1876-1957, chapelle Notre-Dame de Lambader en Plouvorn (29). (photo Wikimedia commons)

Prose Veni Sancte Spiritus

 

  1. Veni Sancte Spiritus, et emitte caelitus lucis tuae radium
  2. Veni pater pauperum, veni dator munerum, veni lumen cordium .
  3. Consolator optime, dulcis hospes animae, dulce refrigerium.
  4. In labore requies, in aestu temperies, in fletu solatium.
  5. O lux beatissima, reple cordis intima tuorum fidelium.
  6. Sine tuo numine, nihil est in homine, nihil est innoxium.
  7. Lava quod est sordidum, riga quod est aridum, sana quod est saucium.
  8. Flecte quod est rigidum, fove quod est frigidum, rege quod est devium.
  9. Da tuis fifelibus, in te confidentibus, sacrum septenarium.
  10. Da virtutis meritum, da salutis exitum, da perenne gaudium.

 

  1.      Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de lumière.
  2.      Viens en nous, père des pauvres, viens en nous dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
  3.      Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
  4.      Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
  5.      O lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.
  6.      Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
  7.      Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
  8.      Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
  9.      A tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient, donne tes sept dons sacrés.
  10.      Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle.

 

 

Cette prose ou séquence, chantée avant la proclamation de l’évangile de la pentecôte, est une poésie simple, pleine de paix, écrite par Paul Langton archevêque de Cantorbéry au XI° siècle. Cette méditation n’a pas pour logique celle des idées, mais celles des images qui introduisent la vie contemplative.

C’est l’Esprit « Paraclet » présenté par Jésus après la cène, consolateur, qui est imploré, manifestant la tendresse du Père.

La thématique de la Pentecôte que nous avons déjà évoquée est reprise ici avec en plus un accent sur la lumière (1, 2, 5). Le feu qui se dépose au-dessus des disciples est celui qui réchauffe (8) mais aussi celui qui éclaire.

 

De nuit, il n'y en aura plus ; ils se passeront de lampe ou de soleil pour s'éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles. (Ap 22, 5)

 

C’est aussi le Consolateur, autre sens du mot grec paraklètos, s’inspirant d’Isaïe 66, 13 :

Comme un enfant que sa mère console, moi aussi je vous consolerai.

 

Les images des versets 4, 7 et 8 procèdent par oppositions, : labeur/repos … lave/souillé … assouplis/raide. L’Esprit, par nature, n’est pas doté d’une personne au sens commun traditionnel et ce sont des images qui permettent surtout de le définir.

Dans la même perspective, la tradition de l'Église, dans le prolongement des sources bibliques et patristiques, désigne comme le « Septénaire sacré » (9) les sept dons de l’Esprit qui sont (7 : symbole de la plénitude) : intelligence, science, sagesse, conseil, piété, force et crainte. C’est inspiré de Isaïe 11, 1-2 :

 

Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines.

Sur lui reposera l'Esprit de Yahvé, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Yahvé.

 

Aux six dons de l’Esprit évoqués par Isaïe a été ajoutée, pour atteindre le 7 symbolique, la piété qui développe le mot crainte.

Graduale triplex de Solesmes, p. 253-255.
Graduale triplex de Solesmes, p. 253-255.
Graduale triplex de Solesmes, p. 253-255.

Graduale triplex de Solesmes, p. 253-255.

La mélodie est joyeuse, simple, peu ornée, pour permettre éventuellement une exécution rythmée plus adaptée au chant par les fidèles. Elle se déroule sur divers paliers entre le do grave et le aigu souvent atteint. Une même mélodie sert pour deux versets consécutifs permettant l’alternance entre deux chœurs et une reprise ainsi facilitée pour le deuxième chœur constitué par exemple des fidèles.

 

Interprétations :

-         Version selon la restitution solesmienne :

https://www.youtube.com/watch?v=JFH59bW3W3I

-         Une version rythmée à Notre Dame de Paris, avec l’organiste Pierre Cochereau et la maîtrise dirigée par le chanoine Revert, auteur de l’harmonisation :

https://www.youtube.com/watch?v=g3oVsUuK8Ik

-         Autre version rythmée avec la lecture possible de la partition (Ensemble vocal de Saint François Xavier) :

https://www.youtube.com/watch?v=SN130qrWB60

Messe grégorienne de la Pentecôte

Photo : Miniature du Missel de Robert de Jumièges (10° s.), BM de Rouen. Comme souvent les artistes ont mêlé les deux représentations de l’Esprit : une colombe (comme au baptême de Jésus) et des traits de feu (comme à la Pentecôte). Au-dessus, la main de Dieu. (photo wikimedia commons)

Offertoire Confirma hoc Deus

 

Confirma hoc Deus, quod operatus es in nobis : a templo tuo, quod est in Ierusalem, tibi offerent reges munera, Alleluia.

Confirme, ô Dieu, l’œuvre que tu as réalisée en nous, depuis ton temple qui est à Jérusalem ; les rois t’offriront leurs présents, Alleluia.

 

Le texte est issu du psaume 67 (Hb 68, v. 29-30) que nous avons déjà présenté à propos de l’Introït. Il suit ici la version latine du psautier romain en supprimant sancto entre templo et suo (comme le fait le psautier gallican).

La longue épopée guerrière du peuple victorieux sur ses ennemis grâce à l’assistance divine est vue comme une sorte de procession menant du Sinaï à Jérusalem où Dieu habite son Temple à l’image de sa demeure céleste :

 

Les équipages de Dieu sont des milliers de myriades ; le Seigneur est venu du Sinaï au sanctuaire. (Ps 67, 18)

On a vu tes processions, ô Dieu, les processions de mon Dieu, de mon roi, au sanctuaire. Les chantres marchaient devant, les musiciens derrière, les jeunes filles au milieu, battant du tambourin. (Ps 67, 25-26)

 

On comprend bien l’utilisation de ce psaume pour les processions de la Pentecôte juive.

Manuscrit d’Einsiedeln (début 11° s.), Codex 121, p. 256, Stiftsbibliotek.

Manuscrit d’Einsiedeln (début 11° s.), Codex 121, p. 256, Stiftsbibliotek.

C’est de son temple que Dieu est appelé à parfaire son œuvre : les peuples païens, d’ennemis qu’ils sont encore de Yhwh, viendront alors s’adjoindre à Israël réunifié (Ps 67, 28) pour honorer le vrai Dieu à Jérusalem. Les rois viendront y offrir leurs présents en signe de soumission.

Cette image nous fait penser à celle des mages venant d’Orient adorer l’enfant Jésus (Mt 2, 2-12). La fête de la Pentecôte se situe en effet aussi dans le cadre d’une épiphanie, c’est à dire d’une manifestation de Dieu. Celle-ci accompagne alors le don de l’Esprit aux disciples qui s’adresseront eux-mêmes à toutes les nations pour annoncer la Bonne Nouvelle et les conduire à adorer Dieu.

Graduale triplex de Solesmes p. 255

Graduale triplex de Solesmes p. 255

La mélodie grégorienne de l’Offertoire Confirma hoc

 

Après la joie très spontanée de la prose, nous retrouvons le caractère contemplatif du quatrième mode déjà rencontré dans le premier Alleluia. La structure dense de la ligne mélodique très ornée est renforcée par de nombreux neumes appuyés signalés par des épisèmes (petites barres sur ou en fin graphie) ou des lettres (r ou t = « retenez ou tenez » la note, en l’allongeant ou l’élargissant). Elle met en valeur l’affermissement de l’œuvre divine. L’ambitus est resserré entre et la, parfois agrémenté d’un si b ornemental, allant exceptionnellement jusqu’au do supérieur souligné aussi d’une tristropha dans nobis, apex (sommet) de la pièce : ce que Dieu a fait pour nous, toute la sollicitude qu’il a pour nous, son peuple. D’autres mots comportent des mélismes importants :

Hoc pour montrer l’importance de ce que Dieu a fait pour son peuple et surtout Ierusalem pour montrer toute l’importance de ce lieu dans l’Histoire du peuple hébreu mais aussi des disciples de Jésus car il y connut la glorification par sa mort et sa résurrection et ils y reçurent le don de l’Esprit :

 

Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche ! Que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je ne mets Jérusalem au plus haut de ma joie ! (Ps 137, 5-6)

« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ..., et vous n'avez pas voulu ! » (Mt 23, 37)

Interprétation :

-          Par les moines de Solesmes : https://www.youtube.com/watch?v=8rr9w8_Bhqw

 

Icône russe (18° s.) (photo Wikimedia commons)

Icône russe (18° s.) (photo Wikimedia commons)

Communion Factus est repente

 

Le troisième jour, dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs, une lourde nuée sur la montagne, et une puissante sonnerie de cor ; dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir le peuple hors du camp, à la rencontre de Dieu, et ils restèrent debout au pied de la montagne. La montagne du Sinaï était toute fumante, car le Seigneur y était descendu dans le feu. (Ex 19, 16-18)

 

Tu seras visitée de Yahvé Sabaot dans le fracas, le tremblement, le vacarme, ouragan et tempête, flamme de feu dévorant. (Is 29, 6)

 

Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux. Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. (Actes 2, 1-4)

 

Cette manifestation de Dieu par l’envoi de l’Esprit scelle la Nouvelle Alliance. Elle rappelle les circonstances de la conclusion de la Première Alliance au Sinaï (Ex 19, 16-18) et la prophétie d’Isaïe adressée à Jérusalem (Is 29, 6).

Les phénomènes audibles et visibles sont des signes de la présence agissante de l’Esprit. Les langues de feu délient les langues des apôtres, le langage inspiré par l’Esprit touche la multitude des êtres abolissant la diversité des langues, rétablissant l’unité brisée à Babel.

 

Lien vers la traduction liturgique du Livre des Actes des Apôtres : http://www.aelf.org/bible/Ac/2

Manuscrit de Einsiedeln (début 11° s.), Codex 121, p. 257, Stiftsbibliotek (neumes au-dessus du texte)

Manuscrit de Einsiedeln (début 11° s.), Codex 121, p. 257, Stiftsbibliotek (neumes au-dessus du texte)

Le texte de la communion Factus est repente

 

Factus est repente de caelo sonus advenientis spiritus vehementis, ubi erant sedentes, alleluia : et repleti sunt omnes Spiritu Sancto, loquentes magnalia Dei, alleluia, alleluia.

Il vint soudain du ciel le bruit d’un vent arrivant avec violence, là où ils demeuraient, alleluia ; alors ils furent tous remplis de l’Esprit Saint, annonçant les merveilles de Dieu, Alleluia

 

Comparaison avec le texte latin de la Vulgate de Saint Jérôme (Actes 2) :

2 et factus est repente de caelo sonus tamquam advenientis spiritus vehementis et replevit totam domum ubi erant sedentes 3 et apparuerunt illis dispertitae linguae tamquam ignis seditque supra singulos eorum

4 et repleti sunt omnes Spiritu Sancto et coeperunt loqui aliis linguis prout Spiritus Sanctus dabat eloqui illis

11 Iudaei quoque et proselyti Cretes et Arabes audivimus loquentes eos nostris linguis magnalia Dei

 

(en rouge ce qui est repris dans la Communion)

 

Signalons d’abord que spiritus a repris ici son sens initial de souffle du vent traduisant le grec pneuma (ou ici pnoê) et l’hébreu rouah. Toutefois, le texte de la vulgate se fait plus précis : il s’agit d’un bruit comme (tanquam) celui d’un vent arrivant avec violence. Cela laisse une ouverture pour un spiritus plus … spirituel. Le compositeur ne reprend pas tanquam, restant sur la manifestation d’un vent violent qui ne laisse cependant pas de doute : alors ils furent tous remplis de l’Esprit Saint. Le format d’une antienne oblige à une certaine concision.

Le compositeur a ainsi repris l’essentiel du texte laissant de côté les langues comme de feu qui se posaient sur chacun des disciples (3) et le parler en d’autres langues (4) qui est remplacé par loquentes magnalia Dei du verset 11 (même verbe loqui/loquentes) « annonçant les merveilles de Dieu »

En ce moment important de la communion, il s’agit de rappeler que l’Esprit est d’abord celui qui tourne le cœur des fidèles vers Dieu, le Créateur fêté en ce jour de Pentecôte, qui nous envoie proclamer ses merveilles :

 

Pareillement l'Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables. (Rm 8, 26)

 

Le côté spectaculaire de la venue de l’Esprit Saint sera traduit musicalement.

Graduale triplex de Solesmes p. 256

Graduale triplex de Solesmes p. 256

La mélodie grégorienne de la Communion Factus est repente

 

En effet, c’est une véritable sonnerie de cor rappelant Ex 19, 16 qui ouvre le chant de la Communion avec trois sauts de quinte sol-ré, le dernier suivi lui-même d’un saut de quarte do-fa ornementé à l’apex fa-mi-fa pour retrouver le omniprésent dans cette première incise très percutante. On trouve ces quintes aussi dans l’Introït de Noël Puer natus est qui est pareillement du septième mode. Celui-ci se caractérise par l’enthousiasme de ses envolées et se maintient facilement dans les hauteurs. Ce qui est le cas de cette communion où, dans la première partie, la mélodie ne regagne qu’à la fin le sol initial (sedentes). L’essentiel se déroule entre do et mi. Vehementis reprend toutefois son élan (assez appuyé) du la vers le pour montrer la violence du souffle.

On remarque la belle descente vers le sol, en balancements, sur erant sedentes.

La deuxième partie (et repleti sunt …) grimpe à nouveau du sol vers la zone sommitale do-mi. On assiste à une nouvelle descente en balancements intégrant l’ample et chaud magnalia Dei traduisant bien l’émerveillement devant les splendeurs de l’action divine (Dom Gajard). Cette lente descente s’accélère soudain pour se poser avec légèreté la note fa, la plus basse de la pièce. Nous sommes à l’acmé de la communion entre le Créateur et sa créature où l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables (Rm 8, 26).

Magnifique pièce commencée dans le fracas et conclue dans l’intimité d’une confession qui s’adressera à tous les peuples et à toutes les époques, intimité même du sein de Marie fécondé par l’Esprit où vécut le Fils, Verbe du Père (à ce propos je vous renvoie au texte de Dom Guéranger dans les compléments).

Interprétations :

 

Icône russe (fin 18° s.)

Icône russe (fin 18° s.)

Hymne Veni Creator

 

Cette hymne très célèbre aura d’abord été chantée lors des Premières vêpres, la veille de la Pentecôte en fin d’après-midi (traditionnellement, le jour liturgique d’une fête commence la veille). Elle aura été aussi reprise comme hymne introductive de l’heure de Tierce, au milieu de la matinée, en général avant la grand-messe conventuelle, à la place de l’hymne habituelle elle aussi dédiée à l’Esprit Saint (Nunc Sancte, nobis, Spiritus). En effet la tradition considérait que la venue de l’Esprit sur les disciples s’était produite à ce moment de la journée.

 

Il faut rappeler que l’organisation des heures monastiques comme l’année liturgique est vécue au quotidien comme un itinéraire à la suite du Christ. Pour approfondir : http://www.abbaye-montdescats.fr/?page_id=8

 

Laissons Dom Guéranger (1805-1875), moine refondateur de l'abbaye de Solesmes et restaurateur de l'ordre bénédictin en France, nous présenter cette hymne dans l’immense somme de son Année liturgique (1841-1866. 6ème section, le Jour de la Pentecôte) :

La sainte Eglise célèbre aujourd'hui l'heure de Tierce avec une solennité particulière, afin de se maintenir dans un rapport plus intime avec les heureux habitants du Cénacle. Elle a même choisi cette heure, dans tout le cours de l'année, comme la plus propice pour l'offrande du saint Sacrifice, auquel préside l'Esprit-Saint dans toute la puissance de son opération. Cette heure de Tierce, qui répond à neuf heures du matin selon notre manière de compter, est remarquable chaque jour par une invocation au Saint-Esprit formulée dans une Hymne de saint Ambroise ; mais aujourd'hui ce n'est pas l'Hymne ordinaire de Tierce que l'Eglise adresse au divin Paraclet ; c'est le cantique si mystérieux et si grandiose que le IXe siècle nous a légué ...

La pensée d'en enrichir l'Office de Tierce au jour de la Pentecôte appartient à saint Hugues, abbé de Cluny au XI° siècle ; et cette pratique a semblé si belle, que l'Eglise Romaine a fini par l'adopter dans sa Liturgie.  De là est venu que dans les Eglises même où l'on ne célèbre pas l'Office canonial, on chante du moins le Veni creator avant la Messe du jour de la Pentecôte. A cette heure si solennelle, aux accents inspirés de cette Hymne si tendre à la fois et si imposante, l'assemblée des fidèles se recueille ; elle adore et appelle l'Esprit divin. A ce moment, il plane sur tous les temples de la chrétienté, et descend invisiblement dans tous les cœurs qui l'attendent avec ferveur. Exprimons-lui le besoin que nous éprouvons de sa présence, le suppliant de demeurer en nous, et de ne jamais s'en éloigner. Montrons-lui notre âme marquée de son sceau ineffaçable dans le Baptême et dans la Confirmation ; prions-le de veiller sur son œuvre.

 

L’hymne Veni Creator Spiritus est attribuée à Raban Maur et a été composée vraisemblablement à Aix-la-Chapelle au synode de 809.

Pentecôte par Hans Multscher (1400-1467) (photo Wikimedia commons)

Pentecôte par Hans Multscher (1400-1467) (photo Wikimedia commons)

V/1 Veni creator Spiritus, mentes tuorum visita : imple superna gratia quae tu creasti pectora.

V/2 Qui diceris paraclitus, altissimi donum Dei, fons vivus, ignis, caritas, et spiritalis unctio.

V/3 Tu septiformis munere, digitus paternae dexterae, tu rite promissum Patris, sermone ditans guttura.

V/4 Accende lumen sensibus, infunde amorem cordibus, infirma nostri corporis virtute firmans perpeti.

V/5 Hostem repellas longius, pacemque dones protinus : ductore sic te praevio, vitemus omne noxium.

V/6 Per te sciamus da Patrem, noscamus atque filium, teque utriusque Spiritum credamus omni tempore.

V/7 Deo Patri sit gloria, et Filio, qui a mortuis surrexit, ac Paraclito in saeculorum saecula. Amen

 

V/1 Viens Esprit Créateur, visite les âmes de tes fidèles, remplis de la grâce d’en haut les cœurs que tu as créés.

V/2 Toi qu’on appelle le Consolateur, le Don divin du Très-Haut, la source de vie, le feu, la charité, l’onction spirituelle.

V/3 Auteur des sept dons, doigt de la droite de Dieu, promesse du Père, tu mets les richesses de ta parole sur les lèvres des hommes.

V/4 Eclaire nos sens de ta lumière, répands ton amour dans nos cœurs, donne à notre chair fragile, l’appui de la force éternelle.

V/5 Chasse au loin notre ennemi, hâte-toi de nous donner la paix et fais que sous ta conduite nous évitions le mal.

V/6 Fais-nous connaître le Père, fais-nous connaître le Fils, fais que nous croyions pour jamais en toi qui es l’Esprit du Père et du Fils.

V/7 Gloire à Dieu le Père, et au Fils ressuscité des morts, et au divin Consolateur, dans les siècles des siècles.

 

Le texte est un bon résumé de toute la thématique de la Pentecôte. C’est l’Esprit Créateur (v. 1) qui est invoqué en premier (voir Introït). Les termes en vert renvoient à des images déjà étudiées plus haut.

Consolateur (v. 2 et 7) est l’une des traductions possibles du grec paraklètos (Paraclet, voir introduction). En tant que défenseur (autre traduction possible) il apporte l’appui de sa force à la chair fragile (v. 4) pour chasser au loin l’ennemi (v. 5)

Le thème de l’onction spirituelle (v. 2) n’a pas encore été abordé. Il s’agit de l’onction qui consacre le Messie :

 

On remit à Jésus le livre du prophète Isaïe et, déroulant le livre, il trouva le passage où il était écrit : L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. (Luc 4, 17-19)

Et Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l'onction, c'est Dieu, Lui qui nous a aussi marqués d'un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l'Esprit. (2 Co 1, 21-22)

 

Pensons aussi aux onctions qui sont pratiquées dans divers sacrements (baptême, confirmation, ordre …) et qui concrétisent par ce signe sensible l’action divine.

Les versets 6 et 7 sont une proclamation de foi trinitaire. Nous avons déjà parlé à la fin de l’introduction du concept de Trinité qui apparaît dans certains textes liés à la manifestation de l’Esprit Saint. Rappelons ici simplement Jn 15, 26 :

Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.

Soulignons que le dimanche de la Pentecôte est suivi dans le cycle liturgique du Dimanche de la Trinité.

 

Interprétations :

           - par les moines bénédictins de l’abbaye de Kergonan :

https://www.youtube.com/watch?v=JmKJBnBMal

A Notre Dame de Paris, accompagné à l’orgue avec l’alternance maîtrise et fidèles : https://www.youtube.com/watch?v=gQGBMl_CGQI

- Version plain-chant (texte musical un peu différent) alternant avec les versets pour orgue de Titelouze (1563-1633) : https://www.youtube.com/watch?v=O4lA6GJiZkQ

 

Messe grégorienne de la Pentecôte
Messe grégorienne de la Pentecôte

La Sainte Trinité, miniature des Grandes Heures d’Anne de Bretagne par Jean Bourdiche (1457-1521) (photo Wikimedia commons)

Compléments

Un petit rappel le mot hymne est masculin quand il s’agit par exemple d’un hymne national et féminin quand il s’agit d’un chant liturgique.

 

Magnifique texte de Dom Guéranger (L’année liturgique, 6ème section, le Jour de la Pentecôte, A vêpres) dans une langue qui ne nous est plus guère familière mais splendide dans le mystère qu’elle suggère en pleine harmonie avec cette Communion de la Pentecôte.

 

Mais n'oublions pas en ce grand jour, à ce premier Sacrifice offert par Pierre, assisté de ses collègues dans l'apostolat, la participation de Marie à cette chair divine dont son sein virginal a été la source. Embrasée des feux de l'Esprit-Saint qui est venu confirmer en elle cette maternité à l'égard des hommes que Jésus lui confia sur la croix, elle s'unit dans le mystère d'amour à ce fils bien-aimé qui s'en est allé aux cieux, et qui l'a chargée de veiller sur son Eglise naissante. Désormais le Pain de vie lui rendra son fils chaque jour, jusqu'à ce qu'elle-même soit enlevée à son tour dans les cieux pour jouir éternellement de sa vue, recevoir ses caresses et lui prodiguer les siennes.

Quel ne fut pas le bonheur de ceux des néophytes auxquels il fut donné, en cette heureuse journée, d'approcher d'une si auguste reine, de la Vierge-Mère, à qui il avait été donné de porter dans ses chastes flancs celui qui était l'espérance d'Israël ! Ils contemplèrent les traits de la nouvelle Eve, ils entendirent sa voix, ils éprouvèrent le sentiment filial qu'elle inspire à tous les disciples de Jésus. Dans une autre saison, la sainte Liturgie nous parlera de ces hommes fortunés ; nous ne rappelons en ce moment leur bonheur que pour montrer combien fut grande et complète cette journée qui vit le commencement de la sainte Eglise. La hiérarchie sacrée apparut dans Pierre, Vicaire du Christ, dans les Apôtres ses frères, dans les disciples choisis par Jésus lui-même. La semence de la parole divine fut jetée dans la bonne terre, l'eau baptismale régénéra l'élite des enfants d'Israël, l'Esprit-Saint leur fut communiqué dans sa force, le Verbe divin les nourrit de sa chair qui est vraiment une nourriture et de son sang qui est vraiment un breuvage, et Marie les reçut à leur nouvelle naissance dans ses bras maternels.

Messe grégorienne de la Pentecôte

Panneau d’autel originaire d’Osnabrück (1370). Musée de Cologne (Photo Flickr)

Les douze apôtres sont réunis avec Marie autour d’une table en forme de roue, symbole solaire dont les rayons atteignent chacune de leurs bouches. Le soleil peut symbolise aussi le feu de l’Esprit dont les rayons atteignent chaque disciple et Marie. Mais cette roue solaire-table comporte en son centre ce qui pourrait être une hostie d’où partent les rayons, hostie apportée par la colombe de l’Esprit. Cette peinture surprenante semble illustrer le propos de Dom Guéranger.

Veni Creator

 

On trouvera une méditation détaillée du Veni Creator dans une lettre du Pape Jean-Paul II aux prêtres pour le Jeudi Saint 1998 :

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/letters/1998/documents/hf_jp-ii_let_31031998_priests.html

Il s’agit bien sûr ici d’une vision de l’Esprit Saint très orientée par le cadre du sacerdoce ministériel avec un point de vue très clérical qui fait passer le Saint Esprit qui, il le dit lui-même, souffle où il veut (Jn  3, 8) par la canal des prêtres :

Il est certain que "Spiritus ubi vult spirat" (Jn 3,8) ; mais, dans l'économie établie par le Christ, l'Esprit passe par le canal du ministère apostolique ». C'est en vertu de ce ministère qu'est donné aux prêtres le pouvoir de transmettre l'Esprit aux fidèles « par l'annonce autorisée et authentique de la Parole de Dieu, par la conduite du peuple chrétien et par la distribution des sacrements (cf. 1 Co 4,1), qui sont précisément des sources de la grâce, c'est-à-dire de l'action sanctifiante du Paraclet »

La référence à 1 Co 4, 1 n’est pas convaincante : Que l’on nous regarde donc comme des auxiliaires du Christ et des intendants des mystères de Dieu.

Ac 2, 1 spécifie ils se trouvaient tous ensemble. D’agit-il de l’assemblée des cent-vingt (Ac 1, 15-26) ou du groupe apostolique avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus et ses frères (Ac 1, 13-14) ? Le texte est ambigu.

 

Dom Guéranger, pourtant pas suspect de « modernisme », dénombre cent-vingt disciples, dans une vision moins restrictive que celle de Jean-Paul II :

Soudain un vent violent qui venait du ciel se fait entendre ; il mugit au dehors et remplit le Cénacle de son souffle puissant. Au dehors il convoque autour de l'auguste édifice que porte la montagne de Sion une foule d'habitants de Jérusalem et d'étrangers ; au dedans il ébranle tout, il soulève les cent vingt disciples du Sauveur, et montre que rien ne lui résiste. Jésus avait dit de lui : « C'est un vent qui souffle où il veut, et vous entendez retentir sa voix (Jn 3, 8) » ; puissance invisible qui creuse jusqu'aux abîmes dans les profondeurs de la mer, et lance les vagues jusqu'aux nues. Désormais ce vent parcourra la terre en tous sens, et rien ne pourra l'arrêter dans son domaine. (L’année liturgique - 6ème section, le Jour de la Pentecôte)

Vision ecclésiale de l’action de l’Esprit Saint mise en valeur par le concile Vatican II :

Une fois achevée l’œuvre que le Père avait chargé son Fils d’accomplir sur la terre (cf. Jn 17, 4), le jour de Pentecôte, l’Esprit Saint fut envoyé qui devait sanctifier l’Église en permanence et procurer ainsi aux croyants, par le Christ, dans l’unique esprit, l’accès auprès du Père (cf. Ep 2, 18) ... L’Esprit habite dans l’Église et dans le cœur des fidèles comme dans un temple (cf. 1 Co 3, 16 ; 6, 19), en eux il prie et atteste leur condition de fils de Dieu par adoption (cf. Ga 4, 6 ; Rm 8, 15-16.26). Cette Église qu’il introduit dans la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13), et à laquelle il assure l’unité de la communauté et du ministère, il bâtit et la dirige grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques, il l’orne de ses fruits (cf. Ep 4, 11-12 ; 1 Co 12, 4 ; Ga 5, 22). (Constitution Lumen gentium n° 4)

 

On peut se rapporter à deux articles précédents du blog concernant

-         L’Ascension : http://www.bible-parole-et-paroles.com/2015/05/a-ciel-ouvert-a-livre-ouvert.html

-         La Pentecôte : http://www.bible-parole-et-paroles.com/2015/05/une-tour-contre-l-esprit.html

 

Photo en tête de l’article : Enluminure d’un missel anglais (14° s.) (photo Wikimédia commons)

Icône du monastère Kirillo-Belozersky (Russie)

Icône du monastère Kirillo-Belozersky (Russie)

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