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Stetit angelus

L’ange se tint debout près de l’autel du temple, tenant un encensoir d’or à la main, et lui fut donné de l’encens en abondance : et monta la fumée aromatique devant la face de Dieu. Alleluia

 

Stetit Angelus juxta aram templi, habens thuribulum aureum in manu sua, et data sunt ei incensa multa : et ascendit fumus aromatum in conspectu Dei, alleluia.

 

Le texte de cet Offertoire

 

Il est extrait du Livre de l’Apocalypse (8, 3-4).

Il s’intègre dans cette vision appelée Parousie qui montre le retour du Christ en gloire à la fin des temps, scène qui a inspiré une partie des fresques (début XII° s.) de l’église rupestre de Vals en Ariège (cf. photo ci-dessus) et que nous avons décrite récemment(http://demeuresdesirables.monsite-orange.fr/page-5c54429cc69b4.html) :

 

Voici qu’un trône était là dans le ciel, et sur le Trône siégeait quelqu’un.

Celui qui siège a l’aspect d’une pierre de jaspe ou de cornaline ; il y a, tout autour du Trône, un halo de lumière, avec des reflets d’émeraude. (Ap 4, 2-3)

 

Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants (Ap 7, 11)

 

Vals. Fresque de la Parousie. A gauche l'archange St Pantasaron, à droite l'archange St Michel, au centre un séraphin portant un encensoir à chaque main

Vals. Fresque de la Parousie. A gauche l'archange St Pantasaron, à droite l'archange St Michel, au centre un séraphin portant un encensoir à chaque main

Quand l’Agneau ouvrit le septième sceau, il y eut dans le ciel un silence d’environ une demi-heure. Et j’ai vu les sept anges qui se tiennent devant Dieu : il leur fut donné sept trompettes. Un autre ange vint se placer près de l’autel ; il portait un encensoir d’or ; il lui fut donné quantité de parfums pour les offrir, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or qui est devant le Trône. Et par la main de l’ange monta devant Dieu la fumée des parfums, avec les prières des saints. Puis l’ange prit l’encensoir et le remplit du feu de l’autel ; il le jeta sur la terre : il y eut des coups de tonnerre, des fracas, des éclairs et un tremblement de terre. (Ap 8, 3-5)

 

Cet Offertoire est chanté lors de la messe de la fête de Saint Michel et des archanges, le 29 septembre, ou lors de la Dédicace d’une église (le rituel y prévoit de brûler de l’encens sur l’autel même, cf. photo ci-dessous)

 

La vision du compositeur-librettiste n’a retenu que la solennité de la scène, son climat d’adoration (a-t-il respecté une demi-heure de silence avant de composer ?) et son chant respire et communique cette sérénité supérieure, surnaturelle, qui est la grâce propre du grégorien.

Il s’agit donc bien de la liturgie céleste à laquelle nous sommes associés, dans le mystère, mais réellement, par notre liturgie terrestre. Lors de chacune des célébrations chrétiennes, en effet, le ciel s’ouvre pour tout croyant comme il s’est ouvert pour Jean, sur la gloire de Dieu et le chœur céleste qui la proclame (cf Ap 4 et 5).

Mère Thomas d’Aquin Pellabeuf, Chronique des moniales de l’abbaye Notre-Dame du Pesquié, N° 142, septembre 2001, article consacré à l’Offertoire « Stetit Angelus » pp. 24-28)

 

A propos de la liturgie chantée avec le chœur des anges on pourra se reporter sur mon blog à mon article « La vraie liturgie chante avec les anges » : http://www.bible-parole-et-paroles.com/2016/08/la-vraie-liturgie-chante-avec-les-anges.html

 

Sur le livre de l’Apocalypse, on peut lire une présentation : http://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/1999/clb_990319.htm

Consécration de l'autel lors de la dédicace de l'abbatiale du Pesquié (on met le feu à de l'encens sur la table de l'autel)

Consécration de l'autel lors de la dédicace de l'abbatiale du Pesquié (on met le feu à de l'encens sur la table de l'autel)

Graduel Triplex édité par l'abbaye de Solesmes (p. 610)

Graduel Triplex édité par l'abbaye de Solesmes (p. 610)

La mélodie de l’Offertoire

 

Elle présente des similitudes avec celle de l’offertoire Viri Galilaei pour la fête de l’Ascension et plus particulièrement l’intonation stetit exactement semblable à Viri et ascendit tout aussi semble à ascendentem ; l’Ascension du Christ bénéficie du même traitement mélodique que la montée de l’encens en présence de Dieu.

 

Suivez la voie de l'amour, à l'exemple du Christ qui vous a aimés et s'est livré pour nous, s'offrant à Dieu en sacrifice d'agréable odeur. (Ep 5, 2)

 

La position de l’ange bien campée près de l’autel est affirmée par ces fa répétés de l’intonation qui introduit aussi deux autres degrés forts du mode (1er) : le grave, sa cadence finale, le premier ornementé d’un do et le second en appui pour remonter au fa, puis à la dominante la, ornementée d’un sol.

On entendra de multiples fois cette tierce mineure caractéristique ré-fa au sein le plus souvent d’enchainements qu’on retrouve aussi fréquemment avec leur propre développement organique :

ré-fa-la (stetit)        ré-fa-la-do  (habens)

avec aussi l’appui sur le do :

do-ré-fa-la (templi)

do-ré-fa-sol (aureum, aromatum)       do-ré-fa-sol-la (alleluia)

ou appui sur le la grave :

la-do-ré-fa-ré (in manu sua et incensa multa mélodiquement semblables)

 

on retrouve aussi cette tierce mineure transposée un ton plus haut : mi-sol avec appui sur le do

ré-mi-sol-la (thuribulum)

 

En tout, on entend cette tierce ré-fa ou fa-ré  25 fois. La disposition en torculus (ré-fa-ré) parfois appuyés renforce cette prédominance

 

 S’ensuit une impression, propre à une musique répétitive, d’effet planant ; la vibration de cette quinte ré-fa est enrichie de développements vers le haut ou le bas de l’échelle sonore qui la mettent d’autant plus en valeur et contrebalancent une ambiance qui pourrait paraître uniquement statique. C’est là le grand art du compositeur d’avoir évoqué à la fois le caractère contemplatif de cette vision et l’animation propre à ces guirlandes sonores qui traduisent les nuages de fumée flottant entre ciel et terre, suggérant une communication entre ceux-ci qui est aussi le propre des anges.

 

La note est sans cesse sollicitée comme point d’appui et finale de ces séquences marquant ces envolées et retombées de fumée :

iuxta-templi             habens-sua

enrichies parfois à leur début d’un ornement au do inférieur qui donne un élan supplémentaire :

et data-multa          et ascendit-Dei                   alleluia

 

Notons le bel élan sur habens composé uniquement de tierces (ré-fa-la-do) comme une partie de la descente (do-la et si-sol-mi) qui contribue à donner du mouvement à la pièce.

Le la grave est atteint à trois reprises (sur une syllabe in) et intégré dans un motif ré-la-do-ré-ré, donnant de la profondeur à la scène :

in manu        incensa          in conspectu

 

En ce qui concerne l’élan et le flottement des volutes de fumée d’encens, on remarque bien sûr l’immense développement neumatique sur ascendit : montée rapide avec la quinte ré-la jusqu’au do, note sommitale de la pièce, touché avec insistance à plusieurs reprises au milieu de descentes et élans successifs.

Ce « sfumato » très animé se calme peu à peu sur la fameuse tierce ré-fa ornementée au sol et au do (fumus aromatum) pour se stabiliser sur la finale (in conspectu Dei). La fumée de l’encens, s’attarde maintenant en présence de Dieu, en pleine contemporanéité avec la contemplation des fidèles. La vision céleste se transpose en une contemplation intime, introduite en profondeur (ré-la-do-ré-ré), statique (7 sur 10 notes).

Un alleluia à la fois joyeux et retenu (degrés conjoints ou tierces uniquement) conclut cet Offertoire qui s’accorde parfaitement à l’humble grandeur de cette fresque de l’église de Vals qui décrit la Parousie.

Stetit angelus

Einsiedeln, Stiftsbibliothek, Codex 121(1151), p. 303 – Graduale – Notkeri Sequentiae

Ce manuscrit de Einsiedeln (10ème siècle) montre les neumes dessinés au-dessus du texte latin qui commence avec l'initiale enluminée "V". Le "E 303" (Einsiedeln p. 303) inscrit en marge de la transcription solesmienne ci-dessous indique justement la provenance de l'appareil neumatique transcrit au-dessous de la notation établie par les moines. L'écriture neumatique peut être considérée comme la mise en espace sonore du texte de la Parole.

Il nous faut évoquer le moment de la messe, offertoire, où cette pièce est chantée. L’office solennel y prévoit un grand encensement à la fois des oblats, de la croix, de l’autel, des officiants et des fidèles. Il correspond parfaitement au chant de cet Offertoire. L’encens est béni dans le rite extraordinaire par une formule qui fait justement allusion à l’archange Saint Michel au sein de la Parousie :

« Par l’intercession de l’archange Saint Michel qui se tient à la droite de l’autel de l’encens, et par l’intercession de tous les élus, que le Seigneur daigne bénir cet encens et le recevoir comme un parfum agréable. Par le Christ notre Seigneur. Amen ! »

 

Pouvons-nous rêver de voir un jour une telle liturgie sous la voûte de cette abside de l’église de Vals ?

En attendant, le « sfumato » des nombreuses lacunes et contours parfois imprécis de cette fresque de Vals, nous offre un mystère à contempler et approfondir.

 

 

Comme interprétation je propose celle des bénédictines de Kergonan

https://www.youtube.com/watch?v=uJz8KEtEbeU

Le Christ en majesté de la Parousie

Le Christ en majesté de la Parousie

Compléments

 

A propos du rituel de la Dédicace d’une église, on peut voir l’album photo de la dédicace de l’église abbatiale du Pesquié (Ariège) le 22 octobre 2017 :

http://abbaye-pesquie.org/la-dedicace-de-labbatiale-en-image/

 

et une courte présentation du rituel :

https://liturgie.catholique.fr/lexique/dedicace/

Stetit angelus

Symétriquement par rapport à Saint Michel et Saint Pantasaron, de l'autre côté du Christ en majesté, l'archange Gabriel à gauche et quelques traces infimes d'un quatrième archange à droite : Saint Raphaël ? Entre les deux archanges se trouve un séraphin portant, comme l'autre, un encensoir à chaque main.

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