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Service ou ministère ?

Nous nous sommes fait souvent l’écho dans nos recherches de problèmes de traduction (voir http://www.bible-parole-et-paroles.com/tag/problemes%20de%20traduction/). Le passage du grec au latin puis au français, ou du grec directement au français est conditionné par des développements théologiques ultérieurs qui peuvent fausser singulièrement la signification du texte original. C’est encore le cas dans la première lecture lue ce mardi 14 mai où Pierre intervient au milieu d’environ cent vingt frères à propos du remplacement de Judas au sein du collège des douze apôtres (Ac 1, 14-17. 20-26)

ce Judas était l’un de nous et avait reçu sa part de notre ministère (Ac 1, 17)

Ensuite, on fit cette prière : « Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel des deux tu as choisi pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne. » On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias, qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres. (Ac 1, 24-26, traduction liturgique)

 

Ce mot ministère traduit le grec diakonia qui signifie service. Ministère vient du latin ministerium qui signifie aussi service, le minister étant le serviteur.

Le traduire par ministère est lui donner un sens qu’il n’a pas encore et qu’il prendra bien plus tard quand commença à se développer la théologie du sacerdoce ; on parlera alors de ministère sacerdotal.

On situe la rédaction des Actes des apôtres vers 80-90 et à cette époque, dans les communautés qui se réunissent, les services sont répartis entre les disciples, en fonction des dons de chacun, comme l’explique d’ailleurs Paul dans Rm 12, 4-8 (https://www.aelf.org/bible/Rm/12)

 

Jésus lui-même insiste de nombreuses fois sur la notion de service :

Il n'en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur (diakonos), et celui qui voudra être le premier d'entre vous, sera votre esclave (doulos). C'est ainsi que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir. (verbe diakoneô) (Mt 20, 26-28)

 

La traduction de la TOB (2010) de ce passage me paraît donc plus exacte :

Ac 1, 17 : Il était de notre nombre et avait reçu sa part de notre service

Ac 1, 24-25 : … désigne celui des deux que tu as choisi, pour prendre, dans le service de l’apostolat, la place que Judas a délaissée pour aller à la place qui est la sienne.

Le rite du Lavement des pieds exécuté par le Pape François le Jeudi saint

Le rite du Lavement des pieds exécuté par le Pape François le Jeudi saint

On retrouve d’ailleurs le mot diakonia traduit par service dans ces autres passages des Actes (Trad. TOB) :

Ac 6, 1 : En ces jours-là, le nombre des disciples augmentait, et les hellénistes se mirent à récriminer contre les Hébreux parce que leurs veuves étaient oubliées dans le service quotidien.

Ac 1, 4 : Quant à nous, nous continuerons à assurer la prière et le service de la Parole.

Ac 11, 29 : Les disciples décidèrent alors qu’ils enverraient, selon les ressources de chacun, une contribution au service des frères qui habitaient la Judée.

Ac 12, 25 : Quant à Barnabas et Saul, ils repartirent, une fois assuré leur service en faveur de Jérusalem …

Ac 20, 24 : … mon but, c’est de mener à bien ma course et le service que le Seigneur m’a confié ...

Ac 21, 19 : Les ayant salués, il [Paul] leur racontait en détail tout ce que, par son service, Dieu avait accompli chez les païens.

"Le Lavement des pieds", Retable de la Passion du Christ, Maître du "Livre de Raison" (entre 1475 et 1500) (photo Wikimedia commons)

"Le Lavement des pieds", Retable de la Passion du Christ, Maître du "Livre de Raison" (entre 1475 et 1500) (photo Wikimedia commons)

Il n’y aucune raison, dans le contexte des Actes, comme le fait la traduction liturgique de la Bible, de traduire diakonia tantôt par ministère (Ac 1, 17.25 ; Ac 20, 24 ; Ac 21, 19)

tantôt par service (Ac 6, 1.4 ; Ac 12, 25)

ou même par « aide » (Ac 11, 29) !

 

Dans cette traduction liturgique, en fait, c’est le développement théologique ultérieur qui influence la traduction. On se sert du texte à des fins apologétiques et non pour situer la Parole dans son contexte originel en lui retirant ainsi son véritable sens.

A ce propos, nous citerons à nouveau un extrait de l’entretien télévisuel diffusé par Kto TV le 28 octobre 2012 où le cardinal Ouellet, préfet de la Congrégation des Evêques conclut ainsi son compte rendu du dernier synode romain : «… Ainsi nous deviendrons tous ensemble plus crédibles pour les gens qui veulent écouter de nouveau ce que l’Eglise, à travers la parole de Dieu, a à nous dire. »

 

 Nous reviendrons ultérieurement sur la notion de ministère.

 

Photo de l'entête : Lavement des pieds par Duccio di Buonin Segna (1255-1319) (photo Wikimédia commons)

Lavement des pieds, chapiteau du cloître roman de Notre-Dame de Vaux-en-Champagne (12° s.) (photo Wikimedia commons)

Lavement des pieds, chapiteau du cloître roman de Notre-Dame de Vaux-en-Champagne (12° s.) (photo Wikimedia commons)

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