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Miserere mihi, Domine

Aie pitié de moi, Seigneur, : je crie vers toi tout le jour !

Oui, toi, Seigneur, tu es douceur et tendresse ;

Copieuse, ta miséricorde, pour tous ceux qui t’invoquent !

V/ Incline ton oreille, Seigneur, écoute-moi,

Démuni et pauvre que je suis.

(Ps 85, 3, 5 et 1)

(Trad. François Cassingéna-Trévedy)

 

Miserere mihi Domine quoniam ad te clamavi tota die

quia tu Domine suavis ac mitis es

et copiosus in misericordia omnibus invocantibus te.

V/ Inclina Domine aurem tuam et exaudi me

quoniam inops et pauper sum ego.

 

Introït du 22ème dimanche du Temps ordinaire (programmé avant la réforme conciliaire au 16ème dimanche après la Pentecôte)

 

Photo d’entête : Rembrandt (1606-1669), Dessin, « Le retour du Fils prodigue » (photo Wikimedia commons)

Rembrandt (1606-1669), « Le retour du Fils prodigue » (Photo Wikimedia commons)

Rembrandt (1606-1669), « Le retour du Fils prodigue » (Photo Wikimedia commons)

Misérable je suis, miséricordieux tu es

 

Cet introït est emprunté, comme celui du dimanche précédent Inclina Domine, au psaume 85. Ils ont en commun le verset 3 qui conclut Inclina comme verset et ouvre Miserere. Celui-là sollicitait surtout l’écoute du Seigneur, celui-ci insiste sur sa miséricorde.

 

Les versets 5, 13 et 15 du psaume 85 rappellent l’amour tendre de Dieu pour ses créatures :

 

05 Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d'amour pour tous ceux qui t'appellent,

13 il est grand, ton amour pour moi : tu as délivré mon âme de l'abîme des morts.

15 Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour et de fidélité,

 

 

Le verset 15 est la reprise exacte de Ex 34, 6 :

LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité

Et que l’on trouve aussi dans Ps 102, 8 et Ps 144, 8.

 

Moïse dit : « Je t’en prie, laisse-moi contempler ta gloire. »

Le Seigneur dit : « Je vais passer devant toi avec toute ma splendeur, et je proclamerai devant toi mon nom qui est : LE SEIGNEUR. Je fais grâce à qui je veux, je montre ma tendresse à qui je veux. »

Il dit encore : « Tu ne pourras pas voir mon visage, car un être humain ne peut pas me voir et rester en vie. »

(Ex 33, 18-20)

 

« Le plus important pour nous ici est que précisément, ce Dieu-là, dont la vision serait impossible, se présente comme un Dieu de miséricorde, comme Celui qui fait grâce, Celui qui a pitié. Il y a là un texte capital, d’autant plus qu’il est situé dans les premiers temps de l’historiographie biblique, en ces temps où le peuple n’habite pas encore sur sa terre. Et on lui apprend déjà que son Dieu, qui est invisible, est un Dieu de pitié et de miséricorde ! On n’est pas loin du Dieu Amour, même s’il faudra des siècles pour que ce soit écrit, et surtout pour que les humains puissent l’accepter ! Mais au seuil de l’histoire d’Israël, il est particulièrement significatif que Dieu soit ainsi présenté, miséricordieux, et de façon quasi exclusive ».

(Pierre Gibert, op. cit. p. 28)

 

Dans une lecture christologique du psaume, quelle expression de la miséricorde divine peut mieux nous parler que celle d’un père qui pardonne à son fils comme l’expose Jésus dans la fameuse parabole dite du « Fils prodigue » :

Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”

Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,

allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,

car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.

(Lc 15, 20-24)

Nous avons donc illustré cet article de représentations artistiques de cette parabole, celles de Rembrandt et celles de multiples vitraux qui s’offrent à la piété populaire dans les églises.

Miserere mihi, Domine

Le psaume 85

 

Je reprends ici le commentaire fait sur ce psaume dans l’article sur l’introït Inclina Domine.

 

01 Penche ton oreille, Seigneur, réponds-moi, car je suis humilié et indigent.

02 Garde mon âme, car je suis fidèle, ô mon Dieu, sauve ton serviteur qui se confie en toi.

03 Prends pitié de moi, Seigneur, toi que j'appelle chaque jour.

04 Réjouis l’âme de ton serviteur, car vers toi, Seigneur, j'élève mon âme.

05 Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d'amour pour tous ceux qui t'appellent,

06 Tends l’oreille à ma prière, Seigneur, sois attentif à ma voix qui te supplie.

07 Je t'appelle au jour de ma détresse, et toi, Seigneur, tu me réponds.

08 Aucun parmi les dieux n'est comme toi, et rien n'égale tes oeuvres.

09 Toutes les nations, que tu as faites, viendront se prosterner devant toi et rendre gloire à ton nom, Seigneur,

10 car tu es grand et tu fais des merveilles, toi, Dieu, le seul.

11 Montre-moi ton chemin, Seigneur, que je marche suivant ta vérité ; unifie mon coeur pour qu'il craigne ton nom.

12 Je veux te rendre grâce de tout mon coeur, Seigneur mon Dieu, toujours je veux rendre gloire à ton Nom ;

13 il est grand, ton amour pour moi : tu as délivré mon âme de l'abîme des morts.

14 Mon Dieu, des présomptueux se lèvent contre moi, cette bande de violents en veut à mon âme et de toi ils ne tiennent pas compte.

15 Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour et de fidélité,

16 Tourne-toi vers moi, prends pitié de moi. Donne à ton serviteur ta force, et sauve le fils de ta servante.

17 Accomplis un signe en ma faveur ; alors mes ennemis, humiliés, verront que toi, Seigneur, tu m'aides et me réconfortes.

(Traduction Bible liturgique modifiée d’après Psautier de Ligugé et traduction de J.-L. Vesco)

 

Le psalmiste, David, à qui est attribué ce psaume, se présente comme un serviteur humilié (v. 1) par des ennemis présomptueux (v. 14) qui nient la grandeur de son Dieu (v. 14) qui dépasse celle de tous les autres (v. 8). Il proteste de sa foi par un hymne (v. 8-10) et de sa bonne volonté envers son Dieu (v. 12-13) à qui il demande de pencher son oreille pour lui répondre (v. 1) et d’accomplir un signe en sa faveur (v. 17)

 

Penche ton oreille, Seigneur

La supplication, la louange passent par la voix du psalmiste et l’oreille de Dieu, son attention, sont sollicitées pour se tourner vers lui :

01 Penche ton oreille, Seigneur, réponds-moi …

03 … toi que j'appelle chaque jour

06 Tends l’oreille à ma prière, Seigneur, sois attentif à ma voix qui te supplie.

16 Tourne-toi vers moi, prends pitié de moi …

 

Dans ta justice, défends-moi, libère-moi, tends l'oreille vers moi, et sauve-moi.

(Ps 70, 2)

 

Comme souvent dans les psaumes la demande intervient dans le même temps que la réponse est considérée comme apportée, c’est là un témoignage de foi dans la bonté du Seigneur :

07 Je t'appelle au jour de ma détresse, et toi, Seigneur, tu me réponds.

 

A pleine voix je crie vers le Seigneur ; il me répond de sa montagne sainte (Ps 3, 5)

Je t'appelle, toi, le Dieu qui répond : écoute-moi, entends ce que je dis. (Ps 16, 6)

 

L’âme

Comme un cerf altéré cherche l'eau vive, ainsi mon âme te cherche toi, mon Dieu.

Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; quand pourrai-je m'avancer, paraître face à Dieu ? (Ps 41, 2-3)

 

Si le sens de l’audition est sollicité, c’est de l’âme qu’il est question ; employé cinq fois le mot âme désigne en fait la totalité de l’être humain, tout ce qui fait qu’un corps est animé en tension vers les réalités physiques et spirituelles :

02 Garde mon âme, car je suis fidèle, ô mon Dieu …

04 Réjouis l’âme de ton serviteur, car vers toi, Seigneur, j'élève mon âme.

13 … tu as délivré mon âme de l'abîme des morts

14 … cette bande de violents en veut à mon âme …

 

 

Le serviteur

Comme les yeux de l'esclave vers la main de son maître, comme les yeux de la servante vers la main de sa maîtresse, nos yeux, levés vers le Seigneur notre Dieu, attendent sa pitié. (Ps 122, 2)

 

Le psalmiste se présente en tant que serviteur. En plus des sens habituels du mot, le serviteur est celui qui a un lien privilégié, une connivence souhaités par lui-même ou accordés par Yhwh.

C’est le cas exemplaire de David :

En tête de psaume :

Du maître de chant. Du serviteur de Yahvé. De David (Ps 35, 1)

 

Tu diras donc à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur de l’univers : C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. (2 S, 7, 8)

Qu’est-ce que David pourrait encore ajouter par ses paroles ? Toi, Seigneur Dieu, tu connais ton serviteur. À cause de ta parole et selon ton cœur, tu as accompli toute cette grande action pour instruire ton serviteur. (2 S 7, 20-21)

 

Dans Ps. 85, le psalmiste (David) évoque cette proximité avec Yhwh pour solliciter avec encore plus d’insistance sa réponse. L’expression fils de ta servante ne fait que rajouter un peu d’antériorité et de profondeur à cette connivence revendiquée :

04 Réjouis l’âme de ton serviteur …

02 … sauve ton serviteur qui se confie en toi.

16 … Donne à ton serviteur ta force, et sauve le fils de ta servante.

 

Si la condition de serviteur suppose l’humilité, elle ne supporte pas l’humiliation de la part des ennemis :

01 … Seigneur, réponds-moi, car je suis humilié et indigent

Cette humiliation est ressentie comme une violence venant d’ennemis présomptueux qui l’humilient, lui, mais aussi Yhwh :

14 Mon Dieu, des présomptueux se lèvent contre moi, cette bande de violents en veut à mon âme et de toi ils ne tiennent pas compte.

 

Le signe souhaité de la part de Yhwh est un retournement de situation : aux ennemis d’être humiliés en voyant son soutien à son serviteur :

17 Accomplis un signe en ma faveur ; alors mes ennemis, humiliés, verront que toi, Seigneur, tu m'aides et me réconfortes.

 

Le Nom

Si les Fils d’Israël ne pouvaient ni voir ni nommer leur Dieu – Yhwh étant par nature imprononçable – ils le désignaient alors par le Nom. Celui-ci fait référence des attributs de Yhwh :

Moïse dit : « Je t’en prie, laisse-moi contempler ta gloire. ». Le Seigneur dit : « Je vais passer devant toi avec toute ma splendeur, et je proclamerai devant toi mon nom qui est : LE SEIGNEUR. Je fais grâce à qui je veux, je montre ma tendresse à qui je veux. »

Il dit encore : « Tu ne pourras pas voir mon visage, car un être humain ne peut pas me voir et rester en vie. » Le Seigneur dit enfin : « Voici une place près de moi, tu te tiendras sur le rocher ; quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher et je t’abriterai de ma main jusqu’à ce que j’aie passé. Puis je retirerai ma main, et tu me verras de dos, mais mon visage, personne ne peut le voir. »

Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer là, auprès de Moïse. Il proclama son nom qui est : LE SEIGNEUR. Il passa devant Moïse et proclama : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité, qui garde sa fidélité jusqu’à la millième génération, supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passer, car il punit la faute des pères sur les fils et les petits-fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération. » Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna. (Ex 33, 18-23 et 34, 5-8, cité par F. Cassingéna-Trévedy, op. cit. p. 204-205, ici trad. Bible liturgique)

 

Le Nom mérite d’être glorifié par le psalmiste mais aussi par toutes les nations :

09 Toutes les nations, que tu as faites, viendront se prosterner devant toi et rendre gloire à ton nom, Seigneur,

11 … unifie mon coeur pour qu'il craigne ton nom.

12 … toujours je veux rendre gloire à ton Nom

 

Le Nom se décline en attributs :

05 Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d'amour pour tous ceux qui t'appellent,

08 Aucun parmi les dieux n'est comme toi, et rien n'égale tes oeuvres.

10 car tu es grand et tu fais des merveilles, toi, Dieu, le seul.

13 il est grand, ton amour pour moi : tu as délivré mon âme de l'abîme des morts.

15 Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour et de fidélité,

Si les versets 8 et 10 rappellent le Dieu Créateur, les versets 5, 13 et 15 rappellent l’amour tendre de Dieu pour ses créatures :

il supporte les fautes … mais ne laisse rien passer (Ex 34, 7)

 

Cet apparent paradoxe trouve sa résolution dans Ps 85, 15 :

15 Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour et de fidélité,

Reprise exacte de Ex 34, 6 :

LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité

Et que l’on trouve aussi dans Ps 102, 8 et Ps 144, 8.

 

Pour bénéficier de la tendresse et de la miséricorde, il convient de prendre le bon chemin, celui de la Vérité du Seigneur, avec un cœur unifié, certes à dire en accord avec la Vérité. Être en Vérité avec Dieu fait craindre de prendre un chemin loin de son Nom :

11 Montre-moi ton chemin, Seigneur, que je marche suivant ta vérité ; unifie mon coeur pour qu'il craigne ton nom.

Vitrail, église Saint Pierre-Saint Eutrope d'Angerville (Essonne) (Photo Wikimedia commons)

Vitrail, église Saint Pierre-Saint Eutrope d'Angerville (Essonne) (Photo Wikimedia commons)

Le texte de l’introït

 

Le texte latin de l’introït est emprunté au Psautier romain :

 

3 miserere mihi Domine quoniam ad te clamavi tota die

4 laetifica animam servi tui

quia ad te Domine levavi animam meam

5 Quoniam tu, Domine, suavis ac mitis es ;

et copiosus in misericordia omnibus invocantibus te.

 

Le texte reprend l’intégralité des versets 3 et 5 soudés l’un à l’autre. Quoniam est remplacé par quia de même sens, sans doute pour éviter la répétition d’un mot assez long. Il se concentre sur la miséricorde du Seigneur (v. 5) qui répond à l’appel à la pitié du fidèle à longueur de journée (v. 3).

 

Par contre le verset est emprunté à la version du Psautier gallican :

1 Inclina, Domine, aurem tuam et exaudi me,

quoniam inops et pauper sum ego

 

Psautier romain :

1 Inclina Domine aurem tuam ad me et exaudi me

quoniam egenus et pauper sum ego

 

Ce verset psalmodié par un soliste ou un petit groupe de chanteurs est suivi de la reprise de l’antienne.

Son texte constitue comme une inclusion avec l’introït Inclina Domine de la semaine dernière qu’il commençait.

 

Miserere mihi Domine quoniam ad te clamavi tota die

quia tu Domine suavis ac mitis es

et copiosus in misericordia omnibus invocantibus te.

V/ Inclina Domine aurem tuam et exaudi me

quoniam inops et pauper sum ego.

 

Aie pitié de moi, Seigneur, : je crie vers toi tout le jour !

Oui, toi, Seigneur, tu es douceur et tendresse ;

Copieuse, ta miséricorde, pour tous ceux qui t’invoquent !

V/ Incline ton oreille, Seigneur, écoute-moi,

Démuni et pauvre que je suis.

(Trad. François Cassingéna-Trévedy, op. cit.)

 

« Notons par ailleurs que d’autres pièces du répertoire ont Miserere pour incipit, toutes domiciliées dans le temps du Carême … On dirait qu’une espèce d’instinct pousse le chant liturgique à se saisir de ce mot, où qu’il le rencontre dans le psautier, et à se sustenter de cette demande vitale, élémentaire, universelle : « Aie pitié de moi ! » En position d’introït, elle anticipe sur le chant du Kyrie et collabore avec lui à l’instauration du même climat ». (F. Cassingéna-Trévedy, op. cit. p. 207-208)

 

Stiftskirche de Kyllburg (Allemagne) (Photo Wikimedia commons)

Stiftskirche de Kyllburg (Allemagne) (Photo Wikimedia commons)

Miserere mihi, Domine

Einsiedeln, Stiftsbibliothek, Codex 121(1151), p. 326 – Graduale – Notkeri Sequentiae

Ce manuscrit de Einsiedeln (10ème siècle) montre les neumes dessinés au-dessus du texte latin. Le "E 326" (Einsiedeln p. 326) inscrit en marge de la transcription solesmienne ci-dessous indique justement la provenance de l'appareil neumatique transcrit au-dessous de la notation établie par les moines. L'écriture neumatique peut être considérée comme la mise en espace sonore du texte de la Parole.

Graduel triplex de Solesmes p. 330

Graduel triplex de Solesmes p. 330

La mélodie grégorienne

 

Miserere mihi Domine

Aie pitié de moi, Seigneur

La quarte sol-do, caractéristique du 8° mode, lance vigoureusement la mélodie vers le do, dominante et corde de récitation principale, avec des valeurs appuyées sur miserere et domine (le aigu sert d’ornement). La prière est déclamée avec conviction.

 

quoniam ad te clamavi tota die

je crie vers toi tout le jour

Quoniam se développe avec insistance sur ce même intervalle, retourné, do-sol et attire l’attention sur la légitimation de l’exaucement demandé. Clamavi s’inscrit en valeurs appuyées (clamavi) dans cet autre intervalle caractéristique du 8° mode do-la-fa tandis que tota reprend avec élan, mais aussi en valeurs appuyées, cet intervalle, inversé, fa-la-do.

 

quia tu Domine suavis ac mitis es

Oui, toi, Seigneur, tu es douceur et tendresse

Quia introduit, avec une certaine emphase, à nouveau sur la quarte sol-do (sol-la-do-si-do-do) une nouvelle légitimation. Domine, introduit par un tu appuyé, s’enroule autour du do et va introduire sur sa syllabe finale un si naturel qui donne à suavis ac mitis es, qui s’enroule aussi autour du do, une expression de douceur mais aussi d’attente.

 

 

 

« Toi qu’il faut aimer, craindre, vénérer, suave et doux, et d’abondante miséricorde, daigne accepter mes embrassements, toi qui as daigné prendre ma nature ; daigne m’admettre au baiser de ta charité, toi qui as daigné unir à ma nature ta nature. Nous t’embrassons par l’effort des affections et des œuvres et par la tension pour jouir de toi ; notre baiser, c’est de te présenter l’affection pure d’un esprit pur. Tu nous embrasses quand tu daignes nous visiter et consoler : ton baiser, c’est la révélation et l’infusion de ta grâce ».

Guillaume de Saint-Thierry (moine cistercien, théologien et mystique, 1085-1148) cité par F. Cassingéna-Trévedy, op. cit. p. 211.

 

 

et copiosus in misericordia omnibus invocantibus te.

Copieuse, ta miséricorde, pour tous ceux qui t’invoquent

En deux tierces mineures conjointes (si-ré-fa) copiosus s’élance au fa apex (sommet) de la pièce d’où misericordia redescendra par le même chemin inverse. Par leurs neumes en valeurs appuyées et leur évolution ornementée sur un intervalle élevé (si-fa) ces deux mots illustrent l’affirmation centrale de cet introït : Copieuse, ta miséricorde !

La récitation reprend ensuite sur le do en faisant aussi entendre cette quarte dynamique sol-do (invocantibus). Invocantibus marque une dernière fois en broderies appuyées (en particulier les pes quadratus sol-la ; fa-sol ; sol-do) la longueur et l’insistance de la prière.

Le cri se tempère peu à peu par une retombée progressive de la mélodie : copiosus se pose sur do, misericordia sur si, omnibus sur la et invocantibus te sur sol, note finale du mode où Te est chanté avec gravité.

 

« Dès lors, si tu invoques Dieu en tant que Dieu, sois tranquille : tu es écouté. Tu appartiens au nombre de ceux dont parle ce verset : et abondamment miséricordieux envers ceux qui l’invoquent ».

(Saint Augustin, « Commentaire sur le psaume 85 », cité par F. Cassingéna-Trévedy, op. cit.)

Eglise Saint Rémi d'Hauviné (Ardennes) (Photo Wikimedia commons)

Eglise Saint Rémi d'Hauviné (Ardennes) (Photo Wikimedia commons)

Comme interprétation j’ai choisi

 

 

 

 

Bibliographie

 

  • François Cassingéna-Trévedy, « Chante et marche, les Introïts III », Ed. Ad Solem, 2014, pp.201-213.

Le lecteur désireux d’approfondir se reportera bien sûr à ce livre très complet.

 

  • Jean-Luc Vesco, « Le psautier de David traduit et commenté », 2 tomes, Ed. Cerf, Coll . Lectio Divina, 2011. Tome 1, pp. 778-786)

 

  • Pierre Gibert, « La miséricorde », Coll. « Ce que dit la Bible sur … », Ed. Nouvelle Cité, 2014.
Eglise Saint Pierre de Montfort l'Amaury (Yvelines) (Photo Wikimedia commons)

Eglise Saint Pierre de Montfort l'Amaury (Yvelines) (Photo Wikimedia commons)

Compléments

  • Le psaume 85 (86) tel qu’il fut chanté dès les débuts de la Réforme :

Texte original de Clément Marot, versifié en français contemporain par Roger Chapal (1970). Mélodie du XVI° siècle harmonisée par Claude Goudimel en 1564. In "Le psautier français" (Fédération musique et chant de la Réforme, Ed. Réveil publications, 1995, p. 220-221)

Vous pouvez le chanter en suivant la partition et en cliquant sur ce lien pour avoir l’accompagnement en karaoké :

orgue : http://cantiques.karaokes.free.fr/select.php?video=2322

Clavecin et viole : https://www.youtube.com/watch?v=QMkQ6wMslfQ&list=PL15DF46D76CA72F5E&index=87&t=0s

Miserere mihi, Domine
Miserere mihi, Domine
Eglise Saint Jean Baptiste de Bazas (Gironde) (Photo Wikimedia commons)

Eglise Saint Jean Baptiste de Bazas (Gironde) (Photo Wikimedia commons)

  • Le psaume 85 dans sa traduction libre par Paul Claudel :

Entre 1918 et 1953, Claudel composa un vaste ensemble de « Psaumes » traduits du latin de la Vulgate, dont seuls un petit nombre furent publiés de son vivant en trois minces recueils. S’il eut jamais le désir de réaliser un psautier complet, il ne parvint pas au bout de l’entreprise : alors que certains psaumes connaissent deux ou trois versions différentes au fil des années, d’autres semblent entièrement ignorés du poète … A la lettre du texte, il surimpose un contexte liturgique, des réalités chrétiennes, mais aussi ses propres préoccupations d’homme et de croyant. Le texte des psaumes en paraît profondément bouleversé, modernisé, parfois méconnaissable …

(extrait du site internet de la Société Paul Claudel : http://www.paul-claudel.net/book/psaumes)

 

Ce psaume a été écrit par Claudel à l’intention de sa nièce Solange Desjardins, qui, très malade, était soignée à Hauteville. (Paul Claudel, Psaumes, Ed. Gallimard, 1966, éd. 2008 p. 182)

 

1 Viens, ô mon Dieu, que je Te parle à l’oreille : il n’y a que Ton oreille, ô mon Dieu, qui soit capable de me regarder.

2 Au-dessous de tout cela en moi, Tu vois bien qu’il y a quelque chose de saint : quelque chose de tout petit, ô mon Dieu, qui Te regarde et qui a foi.

3-4 Écoute ! quelque chose vers Toi nuit et jour en moi qui ne cesse de pousser des cris ! quelque chose vers Toi de pas fort qui essaie de se lever !

5 Il y a une telle soif en moi de Ta tendresse et de Ta suavité, et de tout ce que l’on m’a raconté de Ta miséricorde !

6 De cette oreille en Toi qu’il y a derrière l’oreille, écoute ces lèvres qui s’agitent et ce long effort en moi vers Toi qui essaie de devenir une syllabe !

7 Ma douleur pour que tu viennes à mon secours, est-ce-que cela ne suffit pas, et cette épine dans ma chair comme un cri qui continue ?

8 Que je T’entende seulement, ô mon Dieu, bouche à bouche, m’expliquer qu’il n’y a pas quelqu’un de semblable à Toi !

9 Quand Tu es là, ô mon Dieu, un tas de choses, il y a un tas de choses en moi qui se mettent à genoux !

10 A quoi est-ce que cela Te sert-il d’être si grand, puisque cela ne m’empêche pas de dire : Toi seul !

11 Montre-moi tout bas le chemin ! apprends-moi, aussi bas que Tu le voudras, Ton Nom !

12 Donne-moi l’Eternité, Seigneur, pour que j’aie de quoi Te dire : Oui !

13 Force donc m’a été faite, Tu l’as voulu, par Toi de sortir de l’Enfer inférieur !

14 Délivre-moi de toutes ces forces confuses en moi qui essayent de venir à bout de Ton visage !

15 Je me rappelle que Tu es bon et patient – c’est miséricordieux que l’on dit ? – et que Tu dis la vérité.

16 Regarde-moi avec Ton visage ! regarde, Père, à l’intérieur de Ton enfant ! Ah cet enfant, diras-Tu, ce petit enfant et l’enfant de Ma servante !

17 Fais-moi un petit signe sur le front afin que mes ennemis aient peur ! On ne pleure plus avec Toi, on est content, on est consolé.

 

Pompeo Batoni (1708-1787), "Le retour du Fils prodigue" (Photo Wikimedia commons)

Pompeo Batoni (1708-1787), "Le retour du Fils prodigue" (Photo Wikimedia commons)

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